Depuis le début de la Coupe du monde américaine, une vive controverse anime les réseaux sociaux et diverses plateformes numériques au sujet de la non-qualification des Lions Indomptables. Une véritable guérilla épistolaire s’est installée, chacun cherchant à désigner un responsable unique à cet échec qui continue de hanter les supporters camerounais.
Qu’il soit opportun de profiter de l’actualité de cette compétition pour revenir sur l’élimination des Lions Indomptables est tout à fait légitime. Cette réflexion peut permettre de tirer les leçons nécessaires afin d’éviter que de tels revers ne se reproduisent. Encore faut-il que cet exercice soit conduit avec honnêteté intellectuelle et objectivité.
Or, il est difficile de ne pas constater l’existence d’une campagne de communication visant à construire dans l’opinion publique le portrait d’un coupable idéal. Une démarche malsaine, aussi bien pour ceux qui l’orchestrent que pour ceux qui s’y prêtent.
Le nom d’André Onana revient régulièrement dans cette entreprise de réécriture des faits. Certes, le gardien de but est l’un des leaders de cette génération et il a participé à la campagne des éliminatoires. Mais prétendre qu’il serait, à lui seul, responsable de la non-qualification du Cameroun relève davantage de la recherche d’un bouc émissaire que d’une analyse sérieuse des événements.
Car les Camerounais n’ont pas oublié les nombreuses turbulences qui ont jalonné cette campagne. Qui a oublié les épisodes de rétention du matériel d’entraînement ayant perturbé le travail du staff technique ? Qui ne se souvient pas de la mise à l’écart de l’assistant du sélectionneur Marc Brys, dans des conditions qui semblaient clairement destinées à limiter son action ? Comment passer sous silence les contestations répétées des choix du sélectionneur concernant les terrains de jeu, les voyages chaotiques de l’équipe ou encore les multiples polémiques extra-sportives qui ont constamment détourné l’attention de l’essentiel ?
Pris isolément, chacun de ces incidents pourrait paraître anodin. Mais, mis bout à bout, ils dessinent cependant le tableau d’un environnement marqué par les tensions permanentes, les luttes d’influence et une forme de déstabilisation dont l’équipe nationale a payé le prix fort.
Pendant des mois, les querelles institutionnelles ont occupé davantage l’espace médiatique que les performances sportives. L’œuvre du sélectionneur a souvent été brouillée par des polémiques incessantes, tandis que l’opinion publique assistait, impuissante, à un affrontement permanent entre différents centres de pouvoir du football camerounais.
Cette absence est d’autant plus douloureuse qu’elle intervient dans un contexte inédit pour le football africain. Pour la première fois de son histoire, l’Afrique dispose de dix places à la Coupe du monde. Une opportunité exceptionnelle dont le Cameroun, nation majeure du football continental, n’a pas su profiter.
L’émotion suscitée par cet échec dépasse largement le cercle des supporters ordinaires. Elle est également partagée par les plus grandes figures du football national. Joseph-Antoine Bell n’a pas caché son indignation face à cette non-qualification qu’il considère comme une profonde régression pour un pays qui a longtemps porté le prestige du football africain sur la scène mondiale.
L’amertume de l’ancien gardien des Lions Indomptables traduit le sentiment de nombreux Camerounais : manquer une Coupe du monde à trente-deux équipes pouvait déjà constituer un accident ; échouer à se qualifier pour une édition ouverte à quarante-huit nations, avec dix représentants africains, relève d’un échec majeur qui impose une introspection sincère à tous les acteurs du football camerounais.
Cette indignation est d’autant plus légitime que le Cameroun n’est pas une nation quelconque du football africain. Premier pays africain à atteindre les quarts de finale d’une Coupe du monde, quintuple champion d’Afrique, le Cameroun a longtemps servi de référence et de source d’inspiration au continent. Voir aujourd’hui plusieurs nations africaines émergentes participer à la fête mondiale pendant que les Lions Indomptables restent à quai constitue une blessure symbolique dont nul ne devrait se satisfaire.
Dans ce contexte, tenter aujourd’hui de livrer André Onana à la vindicte populaire apparaît comme une manœuvre destinée à détourner l’attention des véritables causes de l’échec. Les campagnes numériques organisées, les insultes, les fausses informations et les procès d’intention ne changeront rien à la réalité des faits : l’élimination des Lions Indomptables ne saurait être imputée à un seul joueur.
Le plus déconcertant demeure peut-être l’attitude affichée par certains dirigeants au lendemain de cet échec. Alors que de nombreux Camerounais vivent avec amertume l’absence de leur sélection nationale dans une Coupe du monde élargie, certaines communications donnent l’impression d’une étonnante indifférence. La publication de certaines photographies accompagnées de légendes laissant transparaître une forme de satisfaction ou d’absence de regret a été perçue comme une provocation par de nombreux supporters. Une posture difficile à comprendre au moment où les dirigeants des fédérations des pays qualifiés sont mobilisés pour accompagner leurs sélections respectives dans la plus prestigieuse des compétitions.
Le football camerounais mérite mieux que des règlements de comptes permanents. Il mérite mieux que des guerres de communication, des scandales à répétition et des querelles d’ego qui finissent par éclipser le jeu lui-même.
La véritable question n’est donc pas de savoir quel individu sacrifier sur l’autel de l’échec. La véritable question est de comprendre comment un pays au potentiel footballistique immense a pu manquer une Coupe du monde pourtant largement à sa portée.
N’est-il pas temps que l’actualité du football camerounais revienne enfin à l’essentiel : les performances sur le terrain, la préparation des compétitions et la grandeur des Lions Indomptables ? N’est-il pas temps que ce sport cesse d’être le théâtre de conflits personnels, de scandales financiers et de batailles de communication destinées à la gloire d’un seul homme pour redevenir un facteur d’unité nationale ?
Car aucune institution, aucun dirigeant et aucun joueur ne devraient être plus importants que les Lions Indomptables et que le football camerounais lui-même.
Faustin Liboire Essomba
















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