Dès 5 heures du matin, sur recommandation du chef de canton de Ngoyla Nord, la souveraine et sa délégation prennent la route d’Eta, dans le canton de Ngoyla Sud. Les voies souvent impraticables illustrent l’isolement persistant de cette région. Pour la Reine des Forêts Sacrées, la mission reste claire : inventorier, valoriser et protéger les patrimoines culturels et spirituels transmis par les ancêtres.
Eta se distingue par son histoire. La mémoire collective locale retient ce village comme un bastion de la résistance à la colonisation allemande. Les récits familiaux racontent les exploits des guerriers Ndjem, experts en milieu forestier, capables d’utiliser ruse, savoirs mystiques et stratégies de guérilla pour déstabiliser l’ennemi. Ces combattants transformaient la forêt en une forteresse imprenable, refusant toute soumission.
Vers 8 heures, la délégation est accueillie par Sa Majesté Metcho Michel, chef de troisième degré, puis conduite auprès de Sa Majesté Mekengue Mballa Aimé, chef de canton d’Eta. Après les salutations, une réunion rassemble chefs traditionnels, notables et habitants.
La Reine expose les objectifs de sa tournée : recenser les sites sacrés, encourager leur protection, favoriser la transmission aux jeunes générations et inscrire ces patrimoines dans un projet culturel durable.
Le chef de canton d’Eta se montre attentif et approuve cette démarche, qualifiée de « salutaire pour le peuple Koh Zimé et pour le Cameroun ». Il insiste sur la richesse patrimoniale locale, rappelant qu’Eta abrite l’une des forêts sacrées majeures de la région. L’absence d’infrastructures adaptées freine cependant toute valorisation, l’accès au site restant ardu et nécessitant plusieurs aménagements.
Le dialogue évoque également les menaces qui pèsent sur les savoirs traditionnels, fragilisés par la disparition des initiés et les mutations sociales. La rencontre s’achève par un échange de présents, symbole d’un engagement partagé pour poursuivre cette collaboration.
La délégation se dirige ensuite vers Mbalam, village frontalier du Congo. Là encore, les conditions de déplacement mettent les voyageurs à rude épreuve. Mais la fatigue ne ralentit pas la Reine, dont la conviction se renforce : la sauvegarde des patrimoines passe par une présence active sur le terrain.
À Mbalam, Sa Majesté Adang Jean-Marie, chef de canton, reçoit la délégation. Les échanges dressent un constat préoccupant. Autrefois riche en sites patrimoniaux et espaces sacrés, la localité voit ces lieux s’effacer peu à peu. Modernisation, exode et disparition des détenteurs des savoirs initiatiques expliquent cet affaiblissement.
Conscient de l’urgence, le chef de canton promet de réunir le conseil des chefs pour explorer les moyens de relancer l’identification et la préservation de ces héritages encore ancrés dans la mémoire collective.
Alors que la pluie tombe sur les pistes, la délégation entame le retour vers Ngoyla. Le trajet, long et accidenté, s’achève peu avant 17 heures, quand la Reine regagne son lieu de résidence.
Cette étape à Eta et Mbalam confirme un constat récurrent : malgré leur richesse historique, spirituelle et écologique, de nombreux sites sacrés demeurent fragiles, victimes de l’enclavement, d’un manque de visibilité et de la disparition progressive des gardiens des traditions. Pour les communautés, ces espaces dépassent la simple dimension historique, incarnant mémoire, transmission et identité.
Après Ngoyla, la mission devait poursuivre sa tournée dès le lendemain vers Messok, une nouvelle étape de cette vaste campagne. Un défi de plus pour la Reine des Forêts Sacrées, engagée dans une course contre la montre pour préserver les derniers sanctuaires de la mémoire ancestrale et les transmettre aux générations futures.
















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