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Développement et souveraineté : comment le Cameroun domine largement la Côte d’Ivoire

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Trop souvent, le débat public africain se laisse aveugler par le vernis des infrastructures de prestige et la cosmétique des taux de croissance dictés par les institutions de Bretton Woods. On oppose alors la rutilance apparente d’Abidjan à la trajectoire plus sinueuse de Yaoundé, oubliant que l’émergence d’une nation ne se mesure pas à la hauteur de ses gratte-ciels financés par l’extérieur, mais à la solidité de ses fondations endogènes. Cette propension des Camerounais à l’autocritique permanente n’est en rien l’aveu d’une infériorité économique ou intellectuelle ; elle est, au contraire, le symptôme d’une exigence de puissance mal contenue, propre à un peuple conscient de son immense génie historique et qui refuse de se satisfaire de la médiocrité. Pendant que le Camerounais exige la perfection parce qu’il sait de quoi son pays est capable, la Côte d’Ivoire célèbre une prospérité de vitrine, largement extravertie et suspendue au bon vouloir des multinationales.

Derrière cette guerre des perceptions se cache en réalité un gouffre doctrinal majeur quant à la définition même de la souveraineté post-coloniale. D’un côté, le modèle ivoirien perpétue une économie de comptoir où les leviers névralgiques du développement — de la finance à l’énergie en passant par la logistique portuaire — restent solidement verrouillés par des oligarchies françaises, libanaises et marocaines sous perfusion des accords de l’ombre. De l’autre, le Cameroun s’est attelé à la tâche ingrate, complexe mais hautement stratégique de l’enracinement de sa souveraineté, en brisant les accords secrets post-coloniaux et en favorisant l’émergence d’un capitalisme purement national. En tant que première économie de la zone CEMAC, le Cameroun ne cherche pas à plaire aux marchés occidentaux par un endettement agressif ; il bâtit patiemment, secteur par secteur, une autonomie structurelle qui le place loin devant ses voisins. C’est ce choix courageux de l’indépendance réelle face à la servitude volontaire qui fait que le Cameroun ne boxe définitivement pas dans la même catégorie que la Côte d’Ivoire.

I- LA SOUVERAINETÉ ET L’AFFRANCHISSEMENT GÉOPOLITIQUE

Le Cameroun et la Côte d’Ivoire n’ont pas choisi la même trajectoire historique ni le même rapport à l’ancienne puissance coloniale. Le Cameroun a courageusement acté sa sortie des accords secrets qui le liaient à la France, s’inscrivant dans une démarche pragmatique de parachèvement de sa souveraineté nationale. À l’inverse, la Côte d’Ivoire reste profondément ancrée dans ces mécanismes de dépendance.

Cette posture d’indépendance du Cameroun ne trompe pas les observateurs avertis. Dans son ouvrage de référence Pour la vérité et la justice, rédigé avec François Mattei, le Président Laurent Koudou Gbagbo n’a pas manqué de féliciter chaleureusement le Président camerounais pour son soutien constant et son accompagnement diplomatique, reconnaissant en lui un pilier de la dignité et de la résistance africaine face aux ingérences extérieures.

II- SECTEUR ÉCONOMIQUE ET CAPITAUX NATIONAUX

Au-delà de la rhétorique, comparons les fondamentaux structurels qui font la force d’une nation à long terme. En tant que première économie de la zone franc d’Afrique Centrale (CEMAC) dont il pèse près de 43 % du produit intérieur brut global, le Cameroun affiche une résilience et une autonomie financière uniques.

La différence majeure réside dans l’origine du capital de production : au Cameroun, 94 % des entreprises en activité sont détenues par des capitaux nationaux, garantissant que la richesse créée reste et circule à l’intérieur du pays. En Côte d’Ivoire, l’économie repose sur une dépendance externe massive : plus de 26 % des grandes entreprises ivoiriennes sont à capitaux exclusivement étrangers, et les principaux secteurs névralgiques (la logistique portuaire, la grande distribution et les télécoms) demeurent sous le contrôle hégémonique d’intérêts français, libanais et marocains.

Cette autonomie se traduit aussi par la gestion de la souveraineté financière : le Cameroun maintient un profil d’endettement rigoureusement maîtrisé et viable à hauteur de 43,9 % de son PIB, loin de la course à l’endettement agressif de la Côte d’Ivoire, dont la dette publique flirte avec les 58 % de son PIB (et dépasse les 130 % si l’on ramène le ratio à d’autres référentiels de dépendance aux marchés internationaux).

III- SECTEUR BANCAIRE ET FINANCEMENT ENDOGÈNES

Le cœur de la souveraineté économique réside dans la capacité à financer soi-même ses projets sans dépendre du quitus des holdings occidentales ou maghrébines. Au Cameroun, le paysage bancaire est dominé par des champions nationaux et régionaux (Afriland First Bank, CCA-Bank, Bange, Commercial Bank, etc.). Les banques à capitaux majoritairement camerounais contrôlent plus de 60 % des parts du marché des dépôts et des crédits.

En Côte d’Ivoire, le secteur bancaire est structurellement extraverti : les filiales des grands groupes français (SGCI, Bicici) et marocains (Attijariwafa, Banque Populaire, BMCE) contrôlent plus de 70 % des actifs bancaires du pays. Abidjan dépend du capital étranger pour prêter à ses propres opérateurs économiques, là où Yaoundé s’appuie sur une épargne locale souveraine.

IV- SECTEUR DE L’ÉNERGIE ET DE LA RENTE HYDROÉLECTRIQUE

Le Cameroun dispose du deuxième potentiel hydroélectrique d’Afrique subsaharienne. Avec la mise en service progressive de complexes géants comme le barrage de Nachtigal (420 MW), le Cameroun pilote sa transition énergétique grâce à un mix électrique composé à plus de 70 % d’énergies renouvelables et endogènes.

La Côte d’Ivoire, quant à elle, dépend à plus de 75 % des énergies fossiles (centrales thermiques au gaz et au fioul). Ce secteur ivoirien est non seulement polluant et soumis aux fluctuations des prix mondiaux, mais il est surtout concédé à des multinationales privées étrangères (comme le groupe français Bouygues via la CIPREL), privant l’État ivoirien d’une maîtrise publique totale de sa souveraineté énergétique.

V- SECTEUR DES INFRASTRUCTURES DE DÉSENCLAVEMENT

En matière d’aménagement du territoire, la comparaison met en lumière un effort d’interconnexion titanesque mené sur un relief complexe. Le Cameroun surclasse structurellement la Côte d’Ivoire avec un réseau routier global qui s’étend sur plus de 121 873 kilomètres, contre un réseau ivoirien qui stagne autour de 82 000 kilomètres de routes classées.

Sur le plan du bitumage lourd reliant les grands bassins de production agricole et industriels, le réseau camerounais affiche 10 576 kilomètres de routes bitumées, démontrant une maîtrise des infrastructures d’envergure face aux 8 500 kilomètres du réseau ivoirien.

VI- SECTEUR DE LA SANTÉ PUBLIQUE ET CAPITAL HUMAIN

La supériorité structurelle du Cameroun s’exprime de manière éclatante dans l’accès de proximité aux soins de santé et la formation de son capital humain. Le Cameroun dispose d’une infrastructure médicale décentralisée unique, comptant 6 770 formations sanitaires réparties sur l’ensemble du triangle national. En face, la Côte d’Ivoire propose un système hospitalier beaucoup plus restreint et ultra-centralisé, n’alignant qu’un réseau nettement inférieur en densité de structures de proximité.

Cette assise médicale camerounaise est soutenue par la force de ses ressources humaines : le Cameroun aligne un corps médical solide de 12 000 médecins nationaux. À l’inverse, la Côte d’Ivoire souffre d’un déficit criant avec seulement environ 5 200 médecins pour l’ensemble de sa population, soit un ratio critique d’un médecin pour près de 5 700 habitants.

VII- SECTEUR DE L’ÉDUCATION ET DE L’ALPHABÉTISATION

Bâtir une nation souveraine exige de former l’élite de demain par des structures nationales autonomes. Le Cameroun domine largement ce secteur avec un taux d’alphabétisation historique culminant à 75 %, fruit d’un investissement massif et continu dans l’instruction publique et privée locale. En Côte d’Ivoire, le taux d’alphabétisation peine à décoller et stagne à 53 % (soit un taux d’analphabétisme de 47 % selon l’UNESCO).

Pour soutenir cette dynamique intellectuelle, le Cameroun s’appuie sur un réseau académique et scolaire dense de 26 500 établissements scolaires implantés du primaire jusqu’au secondaire sur tout son territoire, surclassant largement les 14 000 établissements que compte la Côte d’Ivoire.

CONCLUSION

La Côte d’Ivoire brille souvent par des vitrines de surface, des tours de prestige à Abidjan et des infrastructures financées à coups de dettes extérieures, gérées par des multinationales expatriées. Le Cameroun, de son côté, a choisi la voie plus exigeante mais infiniment plus solide de l’endogénéisation de sa souveraineté.

Mener l’économie de sa sous-région, contrôler son système bancaire, nationaliser son tissu entrepreneurial, produire son énergie de manière indépendante, former des milliers de médecins et éduquer trois quarts de sa population tout en coupant les cordons ombilicaux post-coloniaux : voilà ce qui définit une véritable puissance en marche. La Côte d’Ivoire a la croissance des chiffres extérieurs ; le Cameroun possède les clés de son propre destin.

 

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