D’après plusieurs témoignages recueillis auprès d’employés et d’anciens cadres, plusieurs établissements publics accumulent des mois d’arriérés de salaires. Le Parliamentarian Flats Hotel compterait quatre mois d’impayés, le Mountain Hotel huit mois, tandis que l’Atlantic Beach Hotel enregistrerait cinq mois de salaires non versés. Tous font partie du parc hôtelier de l’État camerounais.
Pour beaucoup de salariés, la situation est devenue insoutenable. Certains ne parviennent plus à payer leur loyer, scolariser leurs enfants ou nourrir leur famille. D’autres ont préféré abandonner leur poste après des mois d’attente sans amélioration.
« Nous continuons à travailler seulement par peur de perdre définitivement notre emploi », confie un employé sous couvert d’anonymat. « Mais plusieurs collègues sont déjà partis, faute de moyens pour se déplacer ou subvenir aux besoins de leurs proches. »
Les inquiétudes dépassent les retards de salaires. Plusieurs sources signalent que les cotisations à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) ne sont plus versées depuis plusieurs mois. Une dette sociale, estimée à plus de 190 millions de francs CFA, fait craindre une perte des droits sociaux et des futures prestations de retraite pour les travailleurs.
Dans ces établissements, les dysfonctionnements vont au-delà de la gestion financière. Les salariés dénoncent des pénuries récurrentes de matériel, une dégradation avancée des infrastructures, une chute des prestations hôtelières et un climat de gestion marqué par la peur et l’opacité.
Au cœur des accusations, la question de la gouvernance revient fréquemment. Des employés évoquent une gestion opaque des fonds publics, des irrégularités administratives et des soupçons de malversations financières. Plusieurs témoignages pointent des responsables privilégiant leur enrichissement personnel au détriment de la survie des établissements et des conditions de vie des travailleurs.
Certaines sources affirment que certains dirigeants bénéficieraient de soutiens dans des administrations centrales, notamment au sein des structures de tutelle du secteur touristique. Ces protections institutionnelles freinent l’ouverture d’enquêtes approfondies, ou la mise en place de mécanismes de contrôle. À ce jour, ces accusations n’ont pas donné lieu à des confirmations judiciaires.
Au fil de la crise, le fonctionnement quotidien des hôtels se dégrade. Des employés rapportent des équipements défectueux, des fournisseurs impayés, des chambres inutilisables et une fréquentation en chute libre. Dans certains établissements, les départs massifs du personnel ont désorganisé les services.
Pour des experts du tourisme, cette crise révèle les fragilités des entreprises publiques camerounaises, confrontées à des problèmes structurels de gouvernance, d’endettement et de rentabilité. Jadis vitrines du tourisme national et symboles du prestige étatique, plusieurs hôtels publics peinent aujourd’hui à assurer leur activité dans un contexte économique difficile.
Le secteur hôtelier camerounais traverse aussi une période difficile, marquée par la concurrence du privé, la baisse du tourisme d’affaires dans certaines régions et la hausse des charges de fonctionnement. Mais pour les salariés rencontrés, les difficultés économiques n’expliquent pas à elles seules l’ampleur de la crise actuelle.
Sur les réseaux sociaux et dans certains milieux syndicaux, les appels à une intervention des pouvoirs publics se multiplient. Les salariés réclament le paiement des arriérés, la régularisation des cotisations sociales et un audit indépendant de la gestion du parc hôtelier public.
En attendant une réaction officielle, la colère monte au sein des établissements en difficulté. Beaucoup craignent non seulement la faillite progressive de ces infrastructures, mais aussi la perte d’un patrimoine hôtelier longtemps présenté comme un levier du rayonnement touristique camerounais.














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