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Cameroun : anatomie d’un « coup d’État scientifique » et hybride

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L’histoire politique de l’Afrique subsaharienne retiendra l’année 2026 au Cameroun comme celle du passage d’une guerre de succession à une guerre hybride de haute intensité. Ce à quoi nous assistons n’est plus une simple rivalité de palais ou de réseaux, mais les prémices d’un « coup d’État scientifique » pour emprunter les mots du Professeur Pascal MESSANGAN NYAMDING. Contrairement au putsch classique par les armes, le coup d’État scientifique avance masqué : il fragilise méthodiquement les piliers de la stabilité nationale — la ferveur populaire, la cohésion des forces de défense et la légitimité des actes présidentiels — pour créer les conditions d’un basculement inéluctable.

Dans cette orchestration millimétrée, trois fronts stratégiques s’articulent pour imposer une transition contrôlée face à l’âge avancé du Chef de l’État.

I- LE FRONT SOCIOPOLITIQUE : LA DÉSILLUSION SPORTIVE COMME VECTEUR DE FRUSTRATION DE MASSE

Au Cameroun, le football n’est pas un simple sport ; c’est un opium social, un puissant ciment d’unité nationale et un amortisseur de crises politiques.

– L’onde de choc de la non-qualification : L’échec des Lions Indomptables à se qualifier pour la Coupe du Monde a brisé le mythe de l’invincibilité et de la résilience camerounaise. En privant la jeunesse d’une exutoire festive majeure, les planificateurs du chaos libèrent une charge de frustration collective prête à être instrumentalisée.

– La guerre intellectuelle du positionnement : Le clash retentissant entre le Professeur Mathias Eric Owona Nguini et la FECAFOOT dépasse la simple querelle d’experts. Il symbolise la fracture systémique entre l’intelligentsia organique de l’État profond et les structures de gestion populaire. En politisant à outrance le débat sportif, on sature l’espace public de polémiques pour détourner l’attention des véritables manœuvres de transition.

II- LE FRONT SÉCURITAIRE : L’OPÉRATION AALFA OU LE RISQUE CALCULÉ DE DÉMOBILISATION DE LA TROUPE

C’est sur le terrain financier que se joue le volet le plus dangereux du coup d’État scientifique. Lancée le 3 juin 2026 par le Ministère des Finances (MINFI), l’Opération d’Audit des Allocations Familiales (AALFA) présente un habillage technique irréprochable : assainir le fichier solde de l’État face à une hausse suspecte de 55% des enfants déclarés en 21 mois (passant de 594 728 à 923 307).

Pourtant, le ciblage des forces de défense et de sécurité recèle un piège géostratégique majeur :

– Le ciblage du soldat de rang : Si l’objectif officiel est de traquer les fraudes massives (fausses naissances multiples, doublons), l’impact psychologique sur le terrain est immédiat. Pour un soldat de rang engagé au front (Extrême-Nord, NOSO), les 4 500 FCFA par enfant sont un complément vital.

– Le mécanisme de la démobilisation : En instaurant un climat de suspicion et en suspendant les majorations, même de manière temporaire ou ciblée, on touche au moral de la troupe. Démoraliser le soldat, c’est pousser le commandement militaire à perdre le contrôle sur la troupe. Dans un pays confronté à des menaces asymétriques aux frontières, fragiliser la loyauté de la base est une manœuvre scientifique visant à neutraliser le dernier rempart de l’institution républicaine au moment opportun.

III- LE FRONT INSTITUTIONNEL : LE « COUP D’ÉTAT SCRIPTURAL » À LA CRTV

Le point culminant de cette stratégie a été atteint avec l’épisode du « vrai-faux décret de remaniement » intercepté à la CRTV. Ce piratage des circuits officiels de l’État, survenu pendant un séjour privé du couple présidentiel en Suisse, démontre une infiltration profonde de l’appareil de pouvoir.

– Le Cameroun dispose d’un appareil de renseignement (DGRE, SED, DGSN, SEMIL) réputé pour son efficacité, son maillage du territoire et sa reconnaissance internationale en matière de contre-terrorisme et de sécurité d’État. Dès lors, pour qu’une telle opération passe sous le radar des services d’intelligence, il a fallu une neutralisation ou un aveuglément volontaire à des niveaux stratégiques. Dans la grammaire des coups d’État modernes, le contrôle ou la paralysie temporaire des flux d’informations des services secrets est la première étape pour permettre à l’action de se déployer.

– L’imposture du fusible isolé : Présenter le jeune porteur du document comme le cerveau de l’affaire est une aberration technique. La reproduction parfaite des sceaux de l’État, des cachets secs et de la syntaxe de la Présidence exige une expertise administrative inaccessible à un profane. Le ou les véritables commanditaires se cachent derrière ce paravent humain.

– L’objectif du gouvernement de transition : Le timing chirurgical visait à profiter du vide du pouvoir pour faire lire un décret modifiant l’architecture gouvernementale. En installant des hommes de main aux ministères régaliens (Défense, Administration Territoriale, SGPR), les conspirateurs s’assuraient le contrôle de la transition constitutionnelle en cas de vacance du pouvoir.

CONCLUSION

Le coup d’État scientifique au Cameroun avance par cercles concentriques. Il crée la frustration populaire par le sport, tente de couper le cordon de la confiance entre la troupe et le commandement par des réformes financières sensibles, et teste la porosité des institutions par de faux décrets présidentiels. L’interception du document à la CRTV et le recadrage de l’opération AALFA montrent que le pouvoir légitime conserve des capacités de riposte. Mais la simultanéité de ces événements en 2026 indique que la guerre de l’après-Biya ne fait que commencer, et qu’elle se jouera sur le fil du rasoir de la légalité républicaine.

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