À l’heure où le continent africain clame haut et fort sa volonté de rupture avec les schémas postcoloniaux et s’engage résolument vers une souveraineté multidimensionnelle, un bastion de l’ingérence et de l’exploitation économique persiste au cœur de nos foyers : le Groupe Canal+, filiale du géant français Bolloré. Sous le vernis du divertissement et de la modernité technologique, se cache en réalité l’un des dispositifs de guerre cognitive et de pillage financier les plus sophistiqués du XXIe siècle. Il est temps de lever le voile sur ce que l’on doit appeler par son nom : une vaste arnaque géostratégique et une entreprise d’infantilisation collective.
I- Le double racket financier : payer pour exister chez soi
Le premier scandale, et le plus visible au quotidien, est d’ordre purement économique. Dans la quasi-totalité des foyers africains, pour avoir le simple droit de regarder les chaînes de télévision nationales, financées par l’argent du contribuable local via la redevance audiovisuelle, il faut s’acquitter d’un abonnement mensuel auprès d’une multinationale française. Canal+ a réussi le tour de force de privatiser l’accès à l’espace public médiatique africain.
Chaque mois, des millions d’Africains se saignent financièrement pour engraisser les actionnaires parisiens à travers des réabonnements coûteux. En échange ? Un mépris flagrant des attentes légitimes des consommateurs. L’épisode récent de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 en est l’illustration parfaite : alors que les passionnés du ballon rond ont payé le prix fort, le bouquet s’est avéré incapable ‘’ou a refusé’’ de retransmettre en direct l’intégralité des matchs sur ses canaux accessibles, laissant des millions de supporters sur le carreau. C’est le propre d’un monopole prédateur : encaisser l’argent, réduire le service, et traiter l’abonné africain comme une variable d’ajustement.
II- Censure politique et alignement euro-atlantiste
Mais l’arnaque ne s’arrête pas au portefeuille ; elle touche au cœur de la souveraineté informationnelle de l’Afrique. Canal+ ne se comporte pas en simple distributeur technique, mais en censeur politique au service des intérêts géopolitiques occidentaux.
Dès qu’un média africain choisit de rompre avec le récit dominant imposé par l’axe euro-atlantiste, le couperet tombe. Les suspensions et les retraits arbitraires du bouquet de chaînes panafricaines telles que Afrique Média TV, For You TV ou Panafrican Média TV ne sont pas des accidents de parcours. Ce sont des actes de censure géostratégique délibérés. En privant ces télévisions d’antenne, Canal+ cherche à étouffer la voix de la contestation, à neutraliser le débat sur la libération du continent et à maintenir les esprits africains sous perfusion de la propagande occidentale. On tolère que les Africains payent, mais on leur refuse le droit de penser par eux-mêmes et de regarder des médias qui défendent leurs propres intérêts géopolitiques.
III- L’offensive sociétale : l’endoctrinement par l’image
Au-delà de la politique pure, c’est une guerre culturelle qui est menée à travers les écrans de Canal+. Pour des tarifs exorbitants, la multinationale exporte et impose des programmes saturés d’idéologies en totale rupture avec les valeurs anthropologiques, culturelles et sociétales de l’Afrique. Sous couvert de « progrès » et de « valeurs universelles », la promotion agressive des agendas LGBTQ+ et de modèles sociétaux exogènes s’apparente à une tentative d’ingénierie sociale et d’endoctrinement, visant particulièrement la jeunesse africaine.
Cette démarche est profondément infantilisante. Elle postule que l’Afrique serait un continent moralement « en retard » qu’il faudrait éduquer par l’image. C’est le prolongement direct de la « mission civilisatrice » du XIXe siècle, reformulée à l’ère du numérique et du satellite.
Conclusion : pour une décolonisation de nos écrans
Le constat est sans appel : à travers Canal+, le Groupe Bolloré perpétue une domination qui nous exploite financièrement, nous censure politiquement et nous aliène culturellement. Face à ce cheval de Troie médiatique, la réponse de l’Afrique ne doit plus être la résignation, mais la contre-offensive stratégique.
Il est urgent que les régulateurs africains des médias (les conseils nationaux de la communication) imposent la gratuité totale et inconditionnelle d’accès aux chaînes nationales sur tout support. Plus encore, l’Afrique doit accélérer le développement de ses propres infrastructures satellitaires et de ses bouquets numériques souverains. La libération totale du continent africain ne sera effective que lorsque nous aurons brisé les chaînes invisibles, mais ô combien destructrices, de la dépendance audiovisuelle. L’Afrique n’est plus dupe, et le temps de l’impunité pour les prédateurs médiatiques est révolu.
















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