Au moment où la tectonique des plaques géopolitiques mondiales se réorganise en de nouveaux blocs de puissance, où les nations s’unissent pour survivre au basculement du monde, le Cameroun s’enfonce dangereusement dans les sables mouvants du repli identitaire. Ce qui est présenté par certains entrepreneurs politiques comme une saine défense des minorités ou de l’autochtonie n’est en réalité que le produit d’une ingénierie sociale cynique.
En ouvrant la boîte de Pandore de la division, certains Hommes politiques et acteurs du débat public camerounais font le jeu de forces qui les dépassent, condamnant le pays à la distraction stratégique pendant que se jouent les véritables enjeux de son développement et de sa souveraineté.
I- La boîte de pandore : de la rhétorique politicienne à la rue
L’histoire retiendra que cette fracture moderne a pris une tournure systémique lors de la présidentielle de 2018. Des déclarations d’hommes politiques de premier plan à l’instar du Professeur Maurice Kamto s’interrogeant publiquement sur la nécessité de « passer un concours pour être Bulu » ont agi comme des détonateurs. En liant l’accès au mérite et aux privilèges étatiques à une appartenance ethnique spécifique (celle du chef de l’État), ce discours a libéré des pulsions identitaires autrefois contenues.
Ce qui n’était au départ qu’une stratégie de positionnement électoral a fait son nid. Aujourd’hui, ce tribalisme s’est banalisé, institutionnalisé, et s’impose de force dans l’espace public. Les récents événements de Douala, marqués par une marche au slogan sans équivoque « Le Littoral aux Littoraliens », démontrent que la rhétorique a quitté les salons politiques pour descendre dans la rue, prête à s’embraser.
II- L’instrumentalisation des frustrations : l’art du bouc émissaire
La manipulation de la fibre ethnique au Cameroun obéit à une mécanique bien huilée : transformer des détresses socio-économiques réelles en haines communautaires.
Les revendications portées à Douala par des figures comme Elimbi Lobe possèdent, sur le papier, une certaine légitimité juridique et administrative lorsqu’elles appellent à l’application stricte des textes sur la représentativité locale. Cependant, la méthode utilisée ‘’la stigmatisation systématique d’une communauté entière (les Bamiléké) installée dans la région’’ dévoie totalement la cause.
Cette dérive rappelle cruellement le glissement des revendications corporatistes anglophones de 2016 qui, de simples demandes corporatistes légitimes, ont mué en un conflit asymétrique sanglant dont les premières victimes restent les populations locales elles-mêmes.
III- Le grand plan de l’endocolonat : diviser pour régner et survivre
D’un point de vue géopolitique interne, ce chaos identitaire n’a rien de spontané. Il s’agit d’une stratégie de survie d’un système qui, à l’approche des grandes transitions politiques, cherche à fragmenter toute coalition nationale capable de menacer le statu quo afin de bloquer toute alternative transversale, l’échiquier national est méthodiquement divisé par les élites.
C’est le triomphe de l’endocolonat : un système où les élites dirigeantes, toutes régions confondues, utilisent les mêmes méthodes d’ingénierie sociale que les anciens colonisateurs (le divide et impera) pour conserver leurs privilèges. En poussant les communautés à se livrer une guerre de chiffonniers pour des miettes, l’endocolonat s’assure que le peuple détourne le regard des véritables mécanismes de spoliation.
IV- L’aveuglement face à la géo économie mondiale : le vrai danger
Pendant que les Camerounais s’écharpent sur la question de savoir qui est « authentique » et qui ne l’est pas, le monde avance à un rythme vertigineux. La véritable réalité géopolitique et géoéconomique mondiale nous rappelle que nos États africains sont structurellement vulnérables dans le commerce mondial.
La pauvreté, le chômage et le retard de développement de nos villes ne sont pas causés par le dynamisme commercial d’une communauté voisine. Ils sont le résultat :
1- De l’insertion défavorable de notre économie dans la mondialisation (exportation de matières premières brutes, dépendance importatrice).
2- De la complicité d’élites locales qui entretiennent ce retard à des fins d’enrichissement personnel.
3- Du manque cruel de vision macroéconomique globale pour industrialiser le pays.
Le repli identitaire actuel est le symptôme pathologique d’une défaillance socio-économique globale. C’est le réflexe de précarité d’un peuple qui, faute de garanties de la part de l’État, cherche refuge dans la tribu, faisant ainsi le jeu des prédateurs intérieurs et extérieurs.
Conclusion : l’urgence d’un sursaut républicain
Les révolutions portées par des marchands de haine n’engendrent jamais que la ruine de ceux qu’ils prétendaient défendre. Les grands intellectuels et hommes d’État Sawa d’hier les ‘’Paul Soppo Priso, William Eteki Mboumoua, Laurent Esso, Fabien Eboussi Boulaga ou Thomas Melone’’ étaient trop lucides et dotés d’une trop grande hauteur stratégique pour tomber dans le piège du repli identitaire. Ils savaient qu’une telle aventure ne mène qu’à l’impasse et à l’auto-destruction.
Le Cameroun est à la croisée des chemins. Continuer sur la voie de l’ingénierie tribale, c’est garantir l’implosion du pays au profit de ceux qui redoutent son unité. Pour affronter le « nouveau monde » et peser dans le concert des nations, le Cameroun doit impérativement briser les chaînes de la manipulation identitaire et bâtir une union sacrée autour des enjeux de souveraineté, d’industrialisation et de justice sociale. Il est grand temps de refermer la boîte de Pandore avant qu’elle ne nous consume tous.
















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