Après des échanges jugés « riches et fructueux » avec les chefs traditionnels de Messamena, la reine a mis le cap, le 27 mai 2026, sur Lomié, une ville historique située au cœur de la forêt équatoriale. Accompagnée d’une délégation mêlant notables, gardiens de rites et experts techniques, elle a parcouru des pistes forestières difficiles, franchissant successivement Abong-Mbang et Mindourou pour atteindre sa destination tard dans la nuit.
Le lendemain, la reine a respecté un protocole rigoureux, entamant ses visites auprès des autorités administratives locales avant de rencontrer le chef de canton de Lomié, Sa Majesté Mabia, héritier direct du fondateur mythique de la localité. Son accueil chaleureux met en lumière une conviction partagée : les forêts sacrées sont bien plus que des espaces naturels, elles constituent des lieux de mémoire, d’initiation, de protection spirituelle et d’équilibre écologique.
À Lomié, quatre forêts sacrées ont été recensées, deux toujours en activité, tandis que les autres requièrent une restauration urgente face à l’érosion des pratiques initiatiques et à la disparition progressive des dépositaires. Les discussions ont porté sur la cartographie des sites et les moyens de transmettre ce précieux savoir aux jeunes générations. La reine a insisté sur leur rôle clé dans la cohésion sociale et la sauvegarde de l’environnement.
Cette démarche repose sur un réseau traditionnel structuré. Priorisant les chefs de canton comme pivots, elle s’appuie sur la hiérarchie coutumière pour diffuser durablement les messages liés à la préservation des forêts. Ce maillage ancestral garantit la pertinence et l’autorité des orientations, depuis les chefs de canton jusqu’aux échelons locaux inférieurs.
Le périple s’est prolongé à Ngoyla, une zone enclavée où les déplacements se mesurent en heures plutôt qu’en kilomètres. Le franchissement du fleuve Lobo, souvent redouté en saison des pluies, s’est déroulé sans encombre. Accueillie par le chef du canton Ngoyla Nord, la délégation a exploré la réalité d’un territoire divisé en trois cantons : Ngoyla Nord, Sud et Est.
Les échanges étaient cette fois plus techniques et mystiques. Le chef traditionnel a souligné la nécessité de maintenir les rites de transmission et de revitaliser des espaces menacés d’abandon. Il a suggéré à la reine de visiter Eta, un site de grande valeur culturelle dans le canton Ngoyla Sud, réputé pour sa forêt sacrée parmi les plus importantes de la région.
Cette tournée, qui s’est déroulée du 27 au 29 mai, révèle une ambition qui dépasse la simple symbolique. À une époque où la pression sur les écosystèmes forestiers s’intensifie et où les traditions se perdent, elle incarne une volonté de renouer avec le passé tout en intégrant la gouvernance traditionnelle aux enjeux contemporains de protection.
Au fil des rencontres, un réseau coutumier longtemps assoupi retrouve vigueur et coordination. Il porte l’espoir de redonner à ces sanctuaires obscurs la place qu’ils méritent, entre politique locale et mémoire collective, pour que ces forêts sacrées ne deviennent pas seulement des légendes au cœur de l’oubli.
















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