Pour ceux qui connaissent la ville, il faut se rendre au secteur Ezo’o Medjo. Là, loin de l’agitation du centre-ville, se dresse un buste en bronze à l’effigie de Sa Majesté Ezo’o Medjo, entouré de fleurs soigneusement entretenues. À côté, un vestige émouvant : un ancien poteau en bois présenté par les gardiens du lieu comme le demi-mât ayant autrefois porté le drapeau allemand à l’époque coloniale.
C’est un véritable lieu de mémoire qui va bien au-delà du simple cadre familial des descendants d’Ezo’o Medjo.
Si pour certains visiteurs pressés, ce buste peut paraître comme une simple statue comme on en trouve partout au Cameroun, la perception devrait être tout autre au regard de l’histoire qui y est cachée et à la limite oubliée.
Qui était Ezo’o Medjo ?
Les traditions orales des Bulu du Dja et Lobo le présentent comme l’une des figures fondatrices de ce qui deviendra Sangmélima. Chef respecté, stratège et rassembleur, il a marqué la période de contact avec la colonisation allemande. Le poteau conservé sur place témoignerait de cette rencontre entre pouvoir traditionnel et administration coloniale, un symbole fort de la résilience et de la continuité du pouvoir local.
Pourtant, ce site n’est ni signalé, ni valorisé. Pas de plaque explicative détaillée, pas de circuit touristique, pas de programme scolaire qui y mène les élèves. L’espace commémoratif survit grâce à la volonté de la famille et de quelques notables.
Il s’agit pourtant d’un espace d’une portée nationale. Car comprendre Sangmélima, c’est comprendre le Sud, c’est comprendre la pénétration coloniale en zone forestière et le rôle des chefferies traditionnelles dans la construction de l’Etat.
Une reconnaissance officielle d’Ezo’o Medjo s’impose
À l’heure où le Cameroun cherche à valoriser son patrimoine et à développer le tourisme mémoriel, le monument Ezo’o Medjo mérite mieux qu’un hommage discret. Il appelle une reconnaissance officielle, une restauration et une inscription dans l’itinéraire culturel de la ville.
Révéler Ezo’o Medjo, c’est réparer une page d’histoire et rendre à Sangmélima une part de son âme.
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