Pourquoi avoir lancé une radio numérique ? Était-ce une envie de longue date ?
Didier Ndengue : Ce n’est pas un coup de tête. C’est une initiative mûrie qui a simplement changé de forme. En 2019 nous avions LPA TV en ligne et le projet de RIA, la Radio de l’Intégration Africaine. Nous l’avons abandonné car d’autres médias proposaient déjà ce positionnement. Faute de financement nous n’avons pas pu aller au bout de la télé. L’an dernier nous avons remplacé TV par Radio. LPA Webradio a été lancée le 10 octobre 2025. Pendant un an nous avons testé plusieurs pistes. Nous allons désormais monter en puissance avec notre orientation : les voix du monde multipolaire.
Pourquoi une webradio et pas directement une FM ?
Didier Ndengue : L’entreprise qui porte le projet, ETS Ndengue Consulting, est enregistrée comme entreprise de communication et de campagnes digitales. Nous restons dans cette logique. Le chef de l’État a d’ailleurs invité les jeunes à oser le digital. Et le numérique a plus de portée que la FM, il est sans frontières.
Comment s’est passé le lancement ?
Didier Ndengue : Avec beaucoup de difficultés. Le 10 octobre nous avions invité l’homme politique Hiram Samuel Iyodi pour la matinale d’ouverture. A cause des délestages, nous sommes restés sans électricité de 7h à 11h30. Il a promis de revenir. Avant le lancement, une équipe du ministère de la Communication est venue inspecter notre matériel et nous a remis de la documentation que nous examinons. Nous avons fait valoir qu’il n’existe pas de loi spécifique aux médias en ligne. Le jour où nous demanderons une fréquence nous passerons par les services compétents. Nous sommes un média républicain. Si les partenaires nous font confiance, nous installerons des émetteurs pour permettre à ceux qui n’ont pas accès à Internet de nous écouter.
L’écosystème local est-il difficile pour entreprendre ?
Didier Ndengue : Oui sans ambiguïté. Les porteurs de projets ne peuvent pas travailler sereinement. Il y a un manque d’accompagnement, du découragement et parfois des intimidations. Le Gecam et son président Célestin Tawamba dénoncent régulièrement le climat des affaires. Il faut pourtant persévérer comme nous le faisons depuis plus de huit ans. L’appui de l’État aux médias privés est dérisoire. Il faudrait une véritable subvention. Nous n’avons pas de salaires à proposer aux jeunes qui sortent d’école. Il faut appartenir à certains réseaux pour bénéficier de largesses. Si nous cherchons des financements à l’étranger nous ne servirons pas notre pays de façon objective car celui qui finance dicte sa ligne. L’État peut accompagner les startups. Aujourd’hui, on nous laisse mourir de notre propre mort. Ce qui n’est pas une bonne chose pour notre pays.
Avec quels fonds avez-vous démarré ?
Didier Ndengue : Sur fonds propres. Quelques amis m’ont également donné un coup de main. A LPA Webradio, il n’y a pas de véritables salaires, seulement des motivations ponctuelles quand les rares factures de La Plume de l’Aigle sont payées.
Comment comptez-vous vous financer sur le long terme ?
Didier Ndengue : Nous préparons une opération de crowdfunding. Nous espérons lever 200 000 euros, soit environ 130 millions de FCFA, pour améliorer le cadre de travail, la qualité du son, la maintenance, renouveler les équipements et financer les reportages de terrain. J’espère que ceux qui liront cette interview feront un geste. Nous écrivons aussi à des institutions qui défendent la liberté de la presse au Cameroun et à l’étranger. Mon vœu est que LPA Webradio et La Plume de l’Aigle soient soutenues par les autorités locales.
Quelle est votre audience aujourd’hui ?
Didier Ndengue : Nous nous développons grâce à la plateforme RadioKing qui diffuse sur plusieurs applications. Jusqu’ici, nous avons captés dans plus de 130 pays et territoires avec près de 10 000 écoutes en moins d’un an. Au Cameroun, LPA Webradio est classée quatrièmes sur RadioKing derrière trois radios chrétiennes. Nous visons la première place.
Comment avez-vous construit cette audience ?
Didier Ndengue : Au lancement nous avons proposé des passages gratuits. En février, mois de la jeunesse, nous avons lancé une émission où de jeunes entrepreneurs présentaient leur activité. Chacun avait droit à 30 minutes. C’est là que la radio a commencé à émerger. Avec la première grille des programmes établie par le chef de chaîne, nous sommes passés de 30 à 130 pays. J’attribue cette montée en puissance aux contenus, aux invités et à la musique, notamment classique. Nous avons eu une vraie percée en Espagne, deuxième pays d’écoute après le Cameroun, devant les États-Unis, la France, la Russie, le Brésil et le Canada.

LPA Webradio sur un écran LED
Quelle est votre ligne éditoriale ?
Didier Ndengue : Une logique géopolitique. Une tribune où les cultures se rencontrent et se respectent sans qu’une puissance ne dicte sa loi. Nous portons un regard africain sans influence d’agences extérieures. Nous sommes un média d’égalité, de croisement des cultures, un média positif et un outil d’accompagnement. Notre nouvelle orientation est de ne pas parler que du Cameroun mais d’ouvrir l’antenne aux communautés étrangères installées ici, Indiens, Chinois, Centrafricains, Congolais, Nigérians, Burkinabè, Ivoiriens, et d’aller à la rencontre de leurs leaders. Nous monterons ensuite vers les grands ensembles comme l’OTAN, les BRICS, les non alignés, le G20, et en Afrique la CEDEAO, la CEMAC, l’AES et le Maghreb. Nous partons de la base vers le haut.
Pouvez-vous résister aux pressions dans le contexte actuel ?
Didier Ndengue : Notre logique est simple, l’éthique et la déontologie. Le chef de chaîne y veille personnellement. Nous ne sommes pas dans le lynchage médiatique. Nous dénonçons de façon professionnelle ce qui doit l’être sans acharnement. La Charte de Munich fait partie de notre cadre. Les pressions peuvent arriver surtout quand on a le vent en poupe. Quelqu’un qui se sent diffamé peut user de son droit de réponse.
Où voyez-vous LPA Webradio dans cinq ans ?
Didier Ndengue : Étant une radio digitale, nous avons des ambitions. Une application mobile, un site internet de haute facture, une fréquence FM pour le Littoral puis le Centre, l’Ouest, le Nord et peut-être le satellite pour être repris par des câblodistributeurs. Aujourd’hui nous sommes déjà écoutés via d’autres applications et via Google. J’espère que les partenaires nous feront confiance.
Que prévoyez-vous pour le premier anniversaire le 10 octobre ?
Didier Ndengue : Rien de spécial pour l’instant. Nous réfléchissons à la nouvelle direction et à la façon d’amplifier notre notoriété. Côté festif pourquoi pas un petit gâteau pour nous galvaniser.
Entretien mené par Hariane Kuete
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