C’est presque par nécessité que Ramde Korotoum pousse la porte du slam. Membre de l’Association des Élèves et Étudiants Musulmans de Côte d’Ivoire (AEEMCI), alors secrétaire générale adjointe de la section Conférence et Documentation, elle est amenée à prendre souvent la parole en public. Une difficulté s’impose : la diction.
Sur les conseils de Papa Zoro, qu’elle décrit avec émotion comme « l’amour de sa vie », elle découvre le slam. L’exercice pour améliorer son articulation devient une passion, puis une véritable activité artistique.
Les distinctions s’enchaînent. Championne nationale du concours de slam sur l’immigration du Conseil National des Jeunes de Côte d’Ivoire (CNJCI), vice-championne de la Flamme linguistique et deux fois finaliste du championnat national. Trois valeurs expliquent ce parcours, selon elle : le travail, la persévérance et l’humilité.
Ramde Korotoum : quand le slam ivoirien devient une arme de sensibilisation
Au-delà des trophées, c’est le choix de ses thématiques qui forge son identité. Là où d’autres privilégient les histoires d’amour, Ramde Korotoum éclaire les blessures de la société. Son slam donne une voix à ceux dont la souffrance reste souvent silencieuse.
Son texte sur l’immigration clandestine en est l’illustration la plus forte. Elle y décrit ces jeunes qui, poussés par l’espoir d’une vie meilleure, embarquent sur des fortunes de mer au péril de leur vie. Derrière les chiffres, elle rappelle qu’il y a des vies, des familles et des rêves brisés.
Femme voilée dans un univers qu’elle juge parfois très masculin et cru, elle n’a attendu aucune autorisation pour s’imposer. « Je me suis imposée », résume-t-elle simplement.
Pour elle, la voix ne sert pas seulement à divertir. Elle doit questionner, déranger, faire réfléchir. « Dans le slam, on dit ce qui est », martèle-t-elle, défendant le slam comme un espace de vérité et de liberté.
Cette exigence nourrit aussi son regard sur le panafricanisme. Être panafricain, pour Ramde Korotoum, ce n’est ni rejeter les autres peuples ni idéaliser l’Afrique. C’est connaître les difficultés du continent et chercher des solutions concrètes pour le faire avancer.
De la Cour de cassation aux scènes de slam, Ramde Korotoum poursuit le même combat : faire de la parole un instrument de paix, de dénonciation et de sensibilisation.
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