Premier maire de la ville de Bafoussam depuis 2020, Roger Tafam préside la branche Afrique de l’Observatoire International de la Démocratie Participative (OIDP), un réseau mondial de plus de 1 500 gouvernements locaux dédié à la promotion et à la diffusion des meilleures pratiques en matière de participation citoyenne. Le magistrat municipal organise la 7ème édition du Forum International de la Démocratie Participative en Afrique (FIDEPA), au Palais des Congrès de Yaoundé, du 27 au 30 octobre 2026, sous la présidence de la ville de Bafoussam. Dans cet entretien exclusif accordé à La Plume de l’Aigle, le maire RDPC revient sur son parcours et dévoile ses ambitions à la tête de l’organisation continentale pour le rayonnement de sa ville et du Cameroun à l’international.
Roger Tafam, Maire de la ville de Bafoussam et président de l'OIDP Afrique
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Roger Tafam : « en accueillant le FIDEPA 07 en octobre 2026, Bafoussam se place au centre de la diplomatie territoriale africaine »

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Quelles ont été vos premières émotions à l’annonce de votre élection à la tête de l’OIDP Afrique ?

 Ma première réaction a été une profonde gratitude. Envers Dieu d’abord, envers mes pairs des collectivités africaines ensuite, et surtout envers les populations de Bafoussam dont l’engagement quotidien légitime cette élection. Je tiens également à exprimer ma profonde et déférente gratitude envers le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, grand promoteur de la décentralisation et de la démocratie locale au Cameroun, Président National de mon parti, le RDPC, qui m’a investi et m’a permis d’être porté à la tête de l’Exécutif de la ville de Bafoussam, m’offrant ainsi le tremplin institutionnel nécessaire pour ce rayonnement international. Mon parcours au sein de ce réseau s’est consolidé au fil des ans : d’abord comme panéliste aux activités scientifiques à Cocody en octobre 2021, Rio de Janeiro en novembre 2023 (22e Conférence de OIDP Monde), au FIDEPA 05 à Cotonou (août 2024) et FIDEPA 06 à Dakar (novembre 2025). C’est dans ces arènes continentales que j’ai mesuré la puissance de ce réseau et le rôle que Bafoussam pouvait y jouer. Quand la confiance du continent s’est portée sur notre ville, j’ai ressenti un immense honneur, mais aussi le poids de la responsabilité. Une chose est certaine : Bafoussam est prête. Nous le prouverons du 27 au 30 octobre 2026, lorsque le Cameroun accueillera le FIDEPA 07 sous notre présidence.

 Si vous deviez présenter Roger Tafam en deux phrases ?

Je suis un fils du Cameroun, diplômé de l’ENAM (option douanes), ayant servi l’État camerounais comme fonctionnaire des douanes de 1990 à 2020 avant de répondre à l’appel de mes concitoyens. Élu le 25 février 2020 premier Maire de la Ville de Bafoussam par un vote plébiscite qui m’impose une seule exigence : mettre les populations au cœur de chaque décision, transformer durablement leur cadre de vie et porter haut le nom de Bafoussam sur les scènes nationale et internationale.

 Rôle et impact de l’OIDP Afrique pour le Cameroun et Bafoussam. Concrètement, qu’est-ce que l’OIDP Afrique ?

L’Observatoire International de la Démocratie Participative (OIDP) est un réseau mondial de plus de 1 500 gouvernements locaux dédié à la promotion et à la diffusion des meilleures pratiques en matière de participation citoyenne (budgets participatifs, consultations publiques, co-construction des politiques locales). Sa déclinaison continentale, l’OIDP Afrique, a été lancée à Dakar en décembre 2012 lors du Sommet Africités et est coordonnée par ENDA-Ecopop. Elle rassemble des collectivités territoriales, la société civile et des centres de recherche de tout le continent. Son bras armé est le Forum International de la Démocratie Participative en Afrique (FIDEPA), devenu le sommet incontournable de la gouvernance inclusive en Afrique. Cette année, pour sa 7e édition (FIDEPA 07), l’événement se tiendra au Cameroun, au Palais des Congrès de Yaoundé, du 27 au 30 octobre 2026, sous la présidence de la ville de Bafoussam.

 Pourquoi le choix s’est-il porté sur un maire camerounais, et spécifiquement sur celui de Bafoussam ?

Mes pairs ont voulu envoyer un signal fort : la démocratie participative n’est pas un luxe réservé aux grandes métropoles. Elle s’invente au Cameroun et se vit pleinement à Bafoussam. Notre bilan parle pour nous : Le FODEBAF (Forum pour le Développement de Bafoussam), dont les éditions de mars 2023 (Diasporas et développement) et de janvier 2025 (mobilisation des ressources) sous le Haut Patronage du Ministre de la Décentralisation et du Développement Local Monsieur ELANGA OBAM,ont vu la mobilisation d’un peu plus de 3500 participants venus du monde pour échanger sur les diverses questions liées au développement de Bafoussam et découvrir le potentiel de cette belle cité. Des outils de proximité, comme les boîtes à suggestions permanentes dans nos marchés et la budgétisation par programme pour une transparence totale, l’implication de la population dans construction de la ville à travers notamment les comités de quartiers, les consultations citoyennes. Mon rôle de Secrétaire Général des CVUC (Communes et Villes Unies du Cameroun), qui fait de moi un pont naturel entre les collectivités camerounaises et le réseau continental. Les délégués africains ont reconnu les avancées de la décentralisation au Cameroun et en Bafoussam une démarche de gouvernance authentique, documentée et reproductible.

Quel est le rôle de l’OIDP Afrique pour le continent et pour le Cameroun aujourd’hui ?

L’Afrique traverse une phase charnière : urbanisation galopante, défis climatiques, pressions socio-économiques et une exigence accrue de redevabilité par les citoyens. L’OIDP Afrique répond à cela à travers trois piliers : la qualité des processus électoraux locaux, l’implication effective des citoyens et une gouvernance éthique. Pour le Cameroun, cela s’inscrit en droite ligne de la vision du Chef de l’État formulée le 31 décembre 2017 : faire des citoyens les acteurs majeurs du développement local. Si le Code Général des CTD et le MINDDEVEL fixent le cadre normatif et institutionnel, l’OIDP Afrique apporte les outils pratiques pour que cette décentralisation soit concrètement vécue sur le terrain.

 Qu’est-ce que cette présidence va changer concrètement pour les habitants de Bafoussam ?

Les retombées seront directes et tangibles. Tout d’abord, en accueillant le FIDEPA 07 en octobre 2026, Bafoussam se place au centre de la diplomatie territoriale africaine. Des délégations de 50 pays viendront découvrir notre savoir-faire. Ensuite, ce positionnement ouvre les portes de financements exclusifs et de partenariats techniques avec l’Union Africaine et Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA). Enfin, au niveau local, cela va institutionnaliser davantage la parole citoyenne : pour chaque route à bitumer ou marché à rénover, la voix des habitants comptera encore plus.

 L’OIDP Afrique peut-elle aider Bafoussam à attirer de nouveaux financements ?

Absolument, et la dynamique est déjà enclenchée. L’OIDP Afrique nous connecte à des bailleurs de fonds stratégiques (AFD, GIZ, PNUD, fondations internationales). Bafoussam a d’ailleurs déjà prouvé sa capacité d’attraction à travers : Cinq jumelages brésiliens (Florianópolis, Caxias, São Luís, Joao Pessoa, Redenção) et deuxmemoranda avec l’université brésilienne UNILAB et l’IFMA. Une collaboration active avec Dortmund (Allemagne) pour l’équipement de notre future bibliothèque municipale. Des échanges structurants avec la plusieurs autres partenaires. Le Salon Territoire Expo du FIDEPA 07 sera une vitrine unique pour capter de nouveaux investissements, tandis que nos projets pourront concourir au prestigieux Prix d’Excellence du Leadership Local.

 Vous parlez de faire de Bafoussam un « laboratoire » de la démocratie participative. Comment comptez vous vous y prendre ?

La stratégie est déjà opérationnelle. D’une part, nous formalisons nos acquis : forums citoyens, comités de quartier, transparence budgétaire. D’autre part, nous innovons grâce au numérique avec le projet Bafoussam Smart City en partenariat avec CAMTEL, qui déploiera à terme des spots Wi-Fi gratuits dans toute la ville pour faciliter les plateformes de consultation citoyenne. Lors du FIDEPA 07, les Master class porteront sur la budgétisation participative et l’inclusion numérique des jeunes et des femmes. Bafoussam partagera ses solutions avec 50 pays. Notre ambition est claire : devenir à l’Afrique ce que Barcelone a été à l’Europe en matière de démocratie participative.

Quelles sont les trois réalisations dont vous êtes le plus fier depuis votre élection ?

 Le redressement financier spectaculaire de la Communauté Urbaine : Nos recettes sont passées de 1,572 milliards FCFA en 2020 à 4,96 milliards FCFA en 2025 (une croissance de 128 %). Pour 2026, notre budget se chiffre à 7,5 milliards FCFA, contre seulement 2,7 milliardsà notre arrivée. C’est le socle de toute notre action. La métamorphose urbaine : Plus de 200 km de voiries réhabilités ou reprofilés, des lampadaires solaires installés sur les axes majeurs, la reconstruction des marchés Central et Casa Blanca, la livraison de la Salle polyvalente des fêtes (1 000 places) arborant fièrement le motif Ndop de notre patrimoine, et la modernisation du Marché B en cours. Le rayonnement international : Le passage d’une ville enclavée à une métropole connectée via 5 accords de jumelage majeurs et, aujourd’hui, la présidence de l’OIDP Afrique.

 Pouvez-vous nous donner deux exemples précis de démocratie participative appliqués à Bafoussam ?

Le premier est le FODEBAF. Sa deuxième édition en janvier 2025, sous le Haut Patronage du Ministre ELANGA OBAM, a réuni 18 sessions thématiques. Les recommandations qui en découlent sont directement intégrées à nos décisions budgétaires. C’est un modèle rare de co-construction en Afrique. Le second exemple est la gestion participative du chantier du Marché B. Nous avons recensé et concerté les 520 commerçants impactés. Ensemble, nous avons organisé leur recasement provisoire au quartier Nylon, avec une exonération totale de loyers pendant la durée des travaux. C’est de la cogestion concrète, pas de la communication.

Quels sont les grands chantiers qui occupent la municipalité en cette année 2026 ?

Nous menons de front plusieurs chantiers d’envergure : Infrastructures marchandes : La reconstruction complète du Marché B (4,38 milliards FCFAsur financement FEICOM) et du Marché A (4,36 milliards FCFA). Socio-Culturel : L’achèvement à 67 % de la bibliothèque municipale et du centre multimédia (en partenariat avec Dortmund pour l’équipement). Voirie : Le bitumage des axes structurants Entrée Dubaï Center-RN6 et 1er Carrefour Gouache–Pont Mepeng. Sport : Le programme SPORCAP (1 milliard 74 millions FCFA d’investissement) pour réhabiliter les équipements sportifs de la CUB et du Lycée Classique, et la construction de plusieurs aires de jeux à l’ENIEG Gouache.

 Quel bilan à mi-parcours tirez-vous de votre mandat ?

C’est un bilan de rupture et de transformation réelle. En 6 ans, nous avons doublé les recettes, réhabilité le réseau routier, modernisé l’administration (avec une féminisation des postes à 39,2 % et 50 % de sous-directrices) et fait progresser le taux d’exécution budgétaire de 68 % à plus de 76 %. Cependant, je reste lucide. Des défis majeurs persistent : l’apurement progressif des dettes (FEICOM, HYSACAM, BGFI Bank), la digitalisation complète des services et l’optimisation fiscale. Je ne m’attarde jamais sur le chemin parcouru ; je regarde la route qu’il reste à tracer.

 Justement, quels sont vos plus grands défis actuels et comment l’OIDP Afrique peut-elle vous aider à les relever ?

Nos défis majeurs concernent l’élargissement de l’assiette fiscale propre, l’employabilité des jeunes et la gestion des déchets (HYSACAM collecte déjà plus de 116 000 tonnes par an, mais la ville grandit vite). Nous y répondons localement par des initiatives comme le recyclage des déchets plastiques en pavés écologiques. Le FIDEPA 07 en octobre 2026 sera le catalyseur de ces solutions. La Session 5 traitera spécifiquement de la réforme de la fiscalité locale et des mécanismes de péréquation, tandis que la Session 3 se penchera sur les outils numériques d’inclusion des jeunes. Bafoussam ne sera pas une simple hôtesse ; elle sera la première bénéficiaire des innovations partagées lors de ce grand rendez-vous continental.

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