De sources concordantes entre novembre 2024 et fin mars 2025, le nombre de bœufs crevés cette année dans l’arrondissement de Dir se situe entre 1000 et 1500 bêtes.  A un prix moyen de 250 000 par bête, les pertes directes peuvent s’évaluer entre 275 et 350 millions de francs CFA.
Un pont "forestier" obstruant un cours d'eau proche du village Wa'ah, arrondissement de Dir. Crédit photo : TDD.
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Déforestation sauvage des forêts galeries dans l’arrondissement de Dir : une addition très salée pour les populations locales et leurs moyens de subsistance dont le bétail

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De sources concordantes entre novembre 2024 et fin mars 2025, le nombre de bœufs crevés cette année dans l’arrondissement de Dir se situe entre 1000 et 1500 bêtes.  A un prix moyen de 250 000 par bête, les pertes directes peuvent s’évaluer entre 275 et 350 millions de francs CFA.

Au prétexte du déploiement du projet Plaine Centrale, le Ministre des Forêts et de la Faune (MINFOF) a octroyé plusieurs autorisations à des exploitants forestiers, dont deux dans l’arrondissement de Dir et quatre dans l’arrondissement de Tibati le 06 novembre 2024.

Il convient de dire que les exploitations de bois dans l’arrondissement de Dir ont connu leurs débuts à grandes échelles dans les années 2021-2022 sinon quelques temps avant. Le MINFOF avait en effet crée une éphémère forêt communautaire sur 177 000 Ha, et pour quelques raisons, cette forêt communautaire de Dir n’a pas été constituée jusqu’à son terme. N’empêche, l’exploitation du bois, lui il a eu lieu.

Des exploitations forestières d’une intensité sauvage, avec des impacts environnementaux indescriptibles qui se sont conduits sur tout l’arrondissement se manifestent aujourd’hui avec des énormes pertes pour le monde rural local. Les premiers à en faire les frais sont donc les populations locales.

Les pertes directes s’évaluent entre 275 et 350 millions de francs CFA et les pertes indirectes liées notamment aux charges supplémentaires nécessaires aux achats du fourrage sont énormes.

Les manifestations des changements climatiques se font ressentir de plus en plus ce qui endommage la croissance des herbes. Comme si cela ne suffisait pas, les feux précoces mis à la brousse par les exploitants forestiers viennent perturber les disponibilités des fourrages.

Les exploitants forestiers détruisent les ranchs, libérant ainsi les bêtes qui vont détruire les champs, engendrant des conflits agropastoraux devenus encore plus récurrents. La situation est en train de sortir de tout contrôle !

Les ponts dits « forestiers » construits obstruent les cours d’eau, affaiblissent les débits des rivières et entraînent le pourrissement des eaux. La disponibilité des eaux en qualité et en qualité est donc très fortement engagée.

La gestion de ces activités est simplement apocalyptique ce d’autant plus que ces exploitations forestières sont conduites sans études d’impacts environnementaux et sociaux.

En considérant que ces activités sont les prémices du projet Plaine Centrale, la suite ne peut s’envisager que dans toutes les perspectives des plus intenses désastres de tous ordres imaginables et inimaginables.

Toutefois le point de base reste et demeure le fait que les Titres Fonciers 1085/Mbéré (131 410 Ha), 1086/Mbéré (188 514 Ha), 515/DJ (170 427 Ha), 516/DJ (18 993 Ha) dépossèdent les populations de plus de 509 405 Ha dans le Mbéré et le Djerem. Une fois dépouillés de leurs terres, voici donc des centaines de milliers de citoyens camerounais déclarés apatrides par le MINDCAF qui voient donc leurs moyens de subsistance fortement entamés par ces exploitants forestiers.

Il urge donc de toutes les urgences de procéder à l’annulation de ces Titres Fonciers et de repenser le projet Plaine Centrale qui jusqu’à date ne cesse d’étaler ses très fortes limites aussi bien conceptuelles, que stratégique le tout se manifestant par une cacophonie opérationnelle aux dommages les plus sévères qui soient.

De sources concordantes entre novembre 2024 et fin mars 2025, le nombre de bœufs crevés cette année dans l’arrondissement de Dir se situe entre 1000 et 1500 bêtes.  A un prix moyen de 250 000 par bête, les pertes directes peuvent s’évaluer entre 275 et 350 millions de francs CFA.Les exploitants forestiers des forêts galeries sont les premiers responsables de cette hécatombe inédite dans le secteur de l’élevage qui produit de très fortes externalités sur l’ensemble du monde rural, fragilisant les populations dans leurs sources de revenus et le vivre-ensemble.

Le vivre-ensemble n’aura en effet jamais été aussi fragile dans ces zones dévastées par des activités à laquelle les populations ne sont associées que pour subir.

Combien faudrait-il que les éleveurs perdent avant que les responsables de ce crime environnemental ne se retrouvent face à leurs responsabilités ?

Que gagnent donc en contrepartie l’Etat, les Collectivités Territoriales Décentralisées et les populations ? Bref, où est donc ce « développement » que certains chantaient tant ?

L’hécatombe se poursuit, car malgré le retour des pluies, nous savons que la saison sèche n’a pas encore dit son dernier mot, et la saison des pluies n’aura pas ses effets avec puisque quasiment tous les cours d’eau sont obstrués.

 Pierre Hervé Madougou Yagong

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