C’est une note interne qui en dit long sur la confusion actuelle autour des pièces de monnaie en zone Cemac. Dans une correspondance du 15 octobre 2026 et adressée à toutes ses agences, la direction comptabilité finance et trésorière d’Afriland First Bank annonce le refus des pièces émises entre 1958 et 1985.
Le document se réfère au communiqué de presse du Comité ministériel de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale du 7 octobre 2026 mettant fin au cours légal et au pouvoir libératoire de ces pièces.
Conséquence directe, écrit la banque, ces pièces ne seront plus acceptées à ses guichets à compter de la publication de la note. Ses clients détenteurs de ces valeurs sont invités à s’adresser directement à la BEAC pour procéder à leur échange.
La note va plus loin dans l’organisation logistique. Les unités situées dans des localités où la BEAC n’est pas représentée ou qui ne sont pas directement connectées à l’institut d’émission sont invitées à rapatrier dès à présent l’intégralité de leur stock détenu en caisse. Bafoussam, Bonanjo, Garoua, Hippodrome, Kousseri, Limbé, Nkongsamba sont concernées, avec une date limite fixée au 26 octobre 2026. Pour les unités de Bafoussam, Bonanjo, Garoua, Hippodrome, Kousseri, Limbé, Nkongsamba, l’acheminement des pièces vers la BEAC doit intervenir au plus tard le 28 octobre 2026.
Afriland First Bank comme le petit commerçant du quartier
Cette précipitation pose un problème de droit monétaire. Le communiqué de l’Umac prévoit un retrait progressif assorti d’une longue période d’échange aux guichets de la BEAC. En aucun cas il ne prévoit un refus immédiat et généralisé dès le 15 octobre. En agissant ainsi, Afriland First Bank s’expose au même reproche que celui fait aux commerçants et transporteurs qui refusent déjà ces pièces sur les marchés de Douala, Yaoundé ou Libreville.
L’enjeu est économique et social. Les pièces concernées, de 25 francs à 500 francs, restent massivement en circulation. Leur refus prématuré par une banque systémique comme Afriland crée un précédent. Il justifie et amplifie le refus dans le commerce informel, paralyse les petites transactions et pénalise les ménages les plus modestes, principaux utilisateurs de monnaie divisionnaire.
Sollicitée sur la gestion de cette transition, la BEAC a déjà rappelé que les pièces conservent leur valeur légale jusqu’à la date officielle de fin de cours et que tout refus anticipé est contraire à la réglementation.
Pour les acteurs du marché, la démarche d’Afriland First Bank illustre le besoin urgent d’une communication harmonisée entre la banque centrale et les établissements de crédit, afin d’éviter que la psychose de la démonétisation ne produise elle-même la pénurie qu’elle prétend gérer.
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