Cette étape s’inscrit dans la continuité d’un parcours engagé à travers plusieurs localités de l’Est camerounais pour sensibiliser autorités administratives, gardiens des traditions et populations aux enjeux liés à la protection des forêts sacrées. Longtemps perçues comme des lieux de rites, d’initiation et de médiation spirituelle, ces forêts se révèlent aujourd’hui comme des remparts face à la disparition progressive des savoirs endogènes et à la pression croissante sur les ressources naturelles.
La première journée a permis d’établir le contact avec les autorités administratives et sécuritaires locales. Du sous-préfet aux responsables des services spécialisés, en passant par le commandant de brigade, l’administration a été informée des objectifs de la mission conduite par la reine des forêts sacrées. Cette étape visait à inscrire l’initiative dans une dynamique de collaboration institutionnelle, condition jugée indispensable à la réussite des actions prévues sur le terrain.
Le deuxième jour a donné lieu à une rencontre plus symbolique encore. À l’initiative de Sa Majesté Toun Zoun, chef traditionnel du quartier Mokolo et président de l’Association des chefs traditionnels de Messamena, une dizaine de chefs venus des villages environnants ont répondu présents. La mobilisation a permis la tenue d’une séance de travail codirigée par la reine et Sa Majesté Toun Zoun, autour des mécanismes de sauvegarde des espaces sacrés et de la transmission des pratiques culturelles aux jeunes générations.
Au cœur des échanges, la nécessité de restaurer le rôle des forêts sacrées dans l’organisation sociale des communautés locales. Les participants ont souligné l’importance de préserver ces lieux d’apprentissage, de rites et de cohésion, tout en ouvrant davantage les initiatives aux femmes et aux jeunes afin d’assurer la continuité des savoirs traditionnels.
Au terme de cette séance, cinq forêts sacrées ont été identifiées dans les localités concernées. Le constat dressé par les chefs traditionnels reste toutefois préoccupant : quatre de ces espaces sont aujourd’hui inactifs, suite au décès des initiés chargés de la transmission et de la préservation rituelle. La seule forêt encore active souffre d’un manque de visibilité et d’un fort enclavement, limitant son accessibilité et les possibilités de valorisation culturelle et patrimoniale.
Les participants voient dans cette situation l’urgence de documenter, protéger et transmettre des pratiques ancestrales menacées de disparition. La tournée conduite par Raïssa Moatessa vise à impulser une nouvelle dynamique de sensibilisation, fondée sur l’implication des autorités traditionnelles, des femmes et des jeunes, pour empêcher que ces sanctuaires culturels tombent dans l’oubli.
À Messamena, cette rencontre aura surtout jeté les bases d’une réflexion plus large sur la sauvegarde du patrimoine immatériel, dans une région confrontée à l’érosion des repères culturels et à la pression grandissante sur les ressources forestières.
















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