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MRC : la fausse démission de Maurice Kamto

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Une correspondance de quelques lignes, abondamment relayée sur les réseaux sociaux, annonce la démission du Pr Maurice Kamto de la présidence nationale du MRC. Le « démissionnaire » – je signale d’emblée les guillemets – prétend agir dans l’intérêt supérieur de son parti et des forces du changement.

Une lecture attentive de cette lettre, au regard des événements politiques survenus dans ce parti depuis la présidentielle de 2025, appelle plusieurs observations. On peut même remonter aux législatives et municipales de février 2020 et à leur boycott.

Il convient donc de décrypter cette lettre de « démission » pour en saisir le sens.

1- Au commencement était la présidentielle d’octobre 2025

Après avoir boycotté les élections législatives et municipales de février 2020, le MRC s’est retrouvé dans l’impossibilité de présenter un candidat à la présidentielle d’octobre 2025. Les contorsions juridiques sur la nullité du mandat impératif n’ont pas fait mouche.

Dans sa volonté de se présenter à tout prix, le Pr Maurice Kamto, alors président national du MRC, est allé chercher sans succès une investiture au MANIDEM. Au préalable, pour se conformer à la loi, il a dû démissionner du MRC lors d’une annonce solennelle en conférence de presse le 19 juillet 2025. De cette démission, on retiendra cette phrase : « Ce qui se passe au MRC ne me concerne plus ».

2- Les désillusions de la convention cybernétique

L’échec de la non-participation à la présidentielle a mis en évidence les tribulations politiques du Pr Kamto. Après l’interdiction de sa convention prévue le 29 novembre 2025, le MRC a réussi un tour de passe-passe, en violation de ses propres statuts et des lois de la République, en tenant une convention par visioconférence le 21 décembre 2025.

Les résolutions de cette convention cybernétique, sans valeur juridique, ont ramené le Pr Kamto à la tête du MRC. Le MINAT, tutelle des partis politiques, n’en a logiquement pas pris acte, dans une correspondance adressée au Secrétaire général du MRC le 19 août 2026. Comme toujours, les experts du MRC ont alors tenté les explications juridiques les plus alambiquées. Et maintenant survient la « démission ».

3- Démissionner de ce que l’on n’est pas

Ce mardi 8 septembre 2026, le Pr Kamto fait sa rentrée politique en annonçant sa démission de la présidence du MRC. La correspondance précise que cette démission se fait « dans l’intérêt supérieur de notre parti, de ses nombreux militants et sympathisants ».

C’est justement là que se pose le problème. Le Pr Kamto n’est plus militant du MRC depuis le 25 juin 2025, selon ses propres mots et sa correspondance au directoire du parti. Cette démission a entraîné de jure la perte de sa qualité de président. Il ne saurait donc démissionner le 8 septembre 2026 de la présidence d’un parti dont il ne fait plus partie.

On peut d’ailleurs s’interroger sur les actes posés par le Pr Kamto en tant que président, ou même comme simple militant, depuis son départ en juin 2025. Il ne saurait se prévaloir d’aucune activité au sein du MRC depuis cette date.

Cette correspondance du 8 septembre est donc juridiquement invalide. On se demande à quel titre le Secrétaire général va la recevoir et quelles explications il donnera aux militants. Après avoir enregistré et pris acte de la démission de juin 2025, le même Secrétaire général prendrait acte d’une nouvelle démission, alors qu’aucun acte valide n’a depuis lors porté le Pr Kamto à la tête du MRC. On ne démissionne pas d’un siège que l’on n’occupe pas.

La lettre de « démissionnaire » n’a aucune valeur juridique. Elle s’inscrit dans une tentative de couper l’herbe sous le pied à certains militants qui ont saisi la justice pour interdire au Pr Kamto de continuer à parler au nom du MRC. Et dans un dernier tour de passe-passe, il pense en avoir encore le droit.

4- Les illusions du leadership politique

Cette fameuse démission est une tentative de se refaire une santé politique. Elle s’accompagne d’ailleurs de celle de Mamadou Mota pour faire illusion au MRC.

Le parti est désormais dirigé par le SG et la présidence, dans un ordre de préséance, avec la démission cette fois effective de Mamadou Mota. À charge pour ce directoire de gérer les prochaines étapes, dont la plus cruciale est la confection et la validation des listes dans les circonscriptions où le MRC sera présent lors des prochaines échéances législatives et municipales. Se joue là la carrière politique de ceux qui sont restés à quai depuis le boycott de février 2020 et la tentative de trouver un prête-nom pour la présidentielle d’octobre 2025.

Rattrapé par la politique du déni, le Pr Kamto se retrouve à devoir faire profil bas. Une candidature comme député ou conseiller municipal reste pour lui dans l’ordre du possible. Évidemment, certains illuminés du MRC crieront à la grande stratégie. Il demeure que plusieurs affaires concernant le MRC sont toujours pendantes devant les juridictions nationales. Le MRC devra se montrer capable de faire la paix avec lui-même en mettant à distance la logique du messianisme. Et alors, cette fameuse « démission » aura été salutaire.

Alphonse Bernard AMOUGOU MBARGA

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