« Nous travaillons sans savoir quand nous serons payés. Beaucoup ne parviennent plus à régler leur loyer ni à nourrir leur famille », confie, sous couvert d’anonymat, une infirmière affectée à un centre de traitement à Yaoundé. À l’instar de cette dernière, des dizaines d’agents de santé décrivent leur situation comme un « enfer », prisonniers d’un système administratif opaque où les responsabilités semblent diluées entre l’État camerounais, les partenaires techniques et financiers et les institutions internationales.
Recrutés dans le cadre des projets financés par des bailleurs étrangers afin de renforcer la riposte contre le VIH/Sida, ces personnels dénoncent le flou quant à leur statut réel. « Lorsque nous devons travailler, nous dépendons du ministère de la Santé. Lorsqu’il s’agit de verser les salaires, chacun rejette la responsabilité sur l’autre », déplore un technicien de laboratoire basé dans l’Est du pays.
Au cœur de leurs frustrations figure aussi l’absence d’affiliation à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Certains, malgré plusieurs années de service, ne bénéficient d’aucune couverture sociale ni garantie pour leur retraite, renforçant leur sentiment d’abandon et d’insécurité professionnelle.
Le climat social dans les structures sanitaires concernées se dégrade progressivement. Plusieurs agents évoquent des soupçons persistants de corruption, de favoritisme dans les recrutements et une gestion opaque des fonds alloués aux programmes de santé. Ces allégations, difficiles à vérifier indépendamment, nourrissent néanmoins un malaise profond parmi le personnel. « Nous avons consacré notre vie à la lutte contre une maladie qui demeure un enjeu majeur de santé publique. Aujourd’hui, nous nous sentons sacrifiés, abandonnés dans l’indifférence générale », s’indigne un conseiller psychosocial rencontré à Douala.
Cette crise survient dans un contexte où le Cameroun dépend encore fortement des financements extérieurs pour ses programmes de santé publique. Sur le terrain, les retards de décaissement, les lourdeurs administratives et la multiplication des acteurs compliquent la gestion de ces projets.
Toutefois, des avancées se profilent. Le Comité national de lutte contre le Sida (CNLS), principal organisme chargé de la coordination de la riposte, a publié un communiqué annonçant que la situation devrait être régularisée au plus tard la semaine prochaine. Par ailleurs, les échanges se poursuivent dans le cadre du Groupe Régional Technique Centre, engagé à améliorer la gestion des ressources et la prise en charge.
Pour les personnels concernés, l’urgence dépasse désormais la dimension sanitaire et revêt une dimension sociale cruciale. Certains envisagent de quitter leur poste, menaçant la continuité de la prise en charge des patients vivant avec le VIH.
En attendant une clarification des responsabilités et un éventuel déblocage des salaires, nombre d’entre eux poursuivent leur travail dans l’incertitude, entre devoir professionnel et nécessité de survie.
Face à ces dysfonctionnements, plusieurs organisations et syndicats locaux appellent les autorités à renforcer la transparence et à assurer un suivi rigoureux des engagements financiers. Dans ce contexte, la pérennité de la lutte contre le VIH au Cameroun dépend directement d’une réponse rapide et coordonnée capable de restaurer la confiance des personnels et garantir un cadre de travail digne.















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