Lire la tribune du géostratège Charly Kengne parvenue à notre rédaction intitulée « le péril de « l’influence » dérégulée au Cameroun : ​autopsie d’une menace géopolitique et urgence d’une souveraineté cognitive
Charly Kengne, géostratège
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Tribune libre : l’ascension fulgurante d’une classe d’« influenceurs » et d’« influenceuses » constitue un véritable vecteur de déstabilisation du Cameroun

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Par Charly Kengne

​Dans le théâtre contemporain des relations internationales, la puissance d’un État ne se mesure plus seulement à son arsenal militaire ou à son PIB, mais à sa capacité à protéger son « capital mental ». Alors que le Cameroun traverse une phase charnière de son histoire, une menace insidieuse s’est installée au cœur de nos foyers : l’ascension fulgurante d’une classe d’« influenceurs » et d’« influenceuses » dont l’activité, loin d’être anodine, constitue un véritable vecteur de déstabilisation sociale et de déconstruction des valeurs républicaines.

Dans le grand échiquier de la guerre cognitive du XXIe siècle, le contrôle de l’imaginaire collectif est devenu le nerf de la guerre. Alors que des nations comme la Chine ou, plus proche de nous, le Burkina Faso, saisissent l’urgence de sanctuariser leur espace numérique, le Cameroun semble s’enliser dans une passivité alarmante face à la montée en puissance des « influenceurs ». Derrière les paillettes, le luxe ostentatoire et le buzz permanent, se cache une menace civilisationnelle qui hypothèque notre souveraineté et le futur de notre jeunesse.

I. L’économie du vide contre l’économie du savoir : un désarmement intellectuel

​Le contenu dominant sur l’espace numérique camerounais actuel est une insulte aux défis de notre temps. Là où des puissances comme la Chine utilisent les algorithmes de réseaux sociaux (via Douyin) pour saturer l’esprit de leur jeunesse de contenus scientifiques, de prouesses techniques et de récits patriotiques, le cyberespace camerounais est devenu le théâtre du « Kongossa » institutionnalisé, de l’exhibitionnisme et de l’apologie de l’argent facile.

​Ces acteurs ne sont pas des leaders d’opinion, mais des agents de distraction massive. Ils saturent l’espace médiatique avec des polémiques stériles, du narcissisme pathologique et des mœurs inadaptées, empêchant ainsi la jeunesse de se saisir des véritables enjeux de souveraineté, de liberté et de développement industriel.

II. les influenceurs comme « appâts » : une menace sécuritaire et occulte

​Derrière le luxe tapageur et les voyages de rêve se cachent des réalités bien plus sombres. Pour la géostratégie interne, ces personnages servent souvent de « vitrines de recrutement ».

– ​Les réseaux ténébreux : Nombre de ces influenceurs font office d’appâts pour des cercles ésotériques, des réseaux de prostitution de luxe ou des circuits de blanchiment d’argent. Ils vendent une réussite sans effort qui attire les esprits faibles vers des « couloirs sans issue ».

– ​La rupture de la traçabilité : L’opacité de leurs sources de revenus pose un problème de sécurité nationale. Qui finance ces trains de vie ? Quelles puissances ou quels intérêts se cachent derrière ces visibilités soudaines capables de mobiliser des millions de jeunes en un clic ?

III. La faillite des élites : quand l’état cautionne l’indécence

​Le drame camerounais réside dans la collusion symbolique entre le sommet de l’État et cette vacuité numérique.

Il est inadmissible de constater que des membres du gouvernement accordent plus facilement des audiences et des honneurs à des individus dont la moralité est sujette à caution, sous prétexte de leur « audience », tout en ignorant les jeunes inventeurs, les ingénieurs et les entrepreneurs qui bâtissent le Cameroun de demain. Cet affichage public avec des « stars du buzz » crédibilise l’immoralité et envoie un message dévastateur à la jeunesse : le mérite ne compte plus, seule l’exhibition paye.

IV. Le modèle de résilience du Burkina Faso vs le laxisme camerounais

​Contrairement au Cameroun où règne un « laisser-aller » qui frise la complicité, le Burkina Faso a pris la mesure du danger en adoptant des postures de rupture :

1- ​Le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) de combat : Au Burkina, l’instance de régulation a été renforcée pour surveiller de près les contenus portant atteinte à la « sensibilité sociale » et à l’image de la femme. Des influenceurs y sont régulièrement convoqués, auditionnés et sanctionnés en cas de dérive morale ou d’incitation à la débauche.

2- ​L’encadrement de l’image des VDP et de l’Armée : Le Burkina a strictement interdit aux influenceurs de transformer les enjeux sécuritaires et de souveraineté en spectacles de buzz, protégeant ainsi le moral des troupes et la dignité nationale.

3- ​L’incitation au contenu productif : Les autorités burkinabè encouragent activement les créateurs de contenus qui valorisent le patrimoine, l’artisanat et la résistance patriotique, reléguant les marchands de scandales à la périphérie.

4- ​Loi sur le numérique et la morale publique : Des mesures législatives strictes permettent désormais de poursuivre pénalement ceux qui utilisent leur visibilité pour promouvoir des comportements obscènes ou contraires aux valeurs endogènes, là où au Cameroun, le flou juridique permet toutes les dérives sous le couvert de la « liberté d’expression ».

V. Appel à un sursaut patriotique : pour une régulation de salut public

​Il est urgent que l’État camerounais sorte de son sommeil dogmatique. Nous préconisons :

1- ​Une loi de moralisation de l’espace numérique protégeant les mineurs des contenus obscènes.

2- ​Une taxe sur les revenus publicitaires des influenceurs dont les fonds seraient reversés au soutien de l’entrepreneuriat technologique jeune.

3- ​Une charte d’éthique stricte interdisant à tout membre du gouvernement de s’afficher officiellement avec des personnalités publiques n’ayant pas une probité morale avérée et dont les agissements n’apportent pas de plus-value à la bonne marche du pays et à la promotion des valeurs morales, patriotiques et Républicaines

Conclusion

Le laxisme actuel n’est pas une fatalité, c’est un choix politique dangereux. Détacher la jeunesse des réflexions profondes sur l’avenir du pays en la livrant aux prédateurs du numérique est une trahison générationnelle. Le Cameroun doit choisir : soit il régule ces nouveaux mercenaires de l’image pour les mettre au service du développement, soit il condamne sa jeunesse à l’errance spirituelle et intellectuelle.

​Il est temps de sonner la fin de la récréation. La souveraineté du Cameroun se joue aussi sur l’écran de nos smartphones.

Opinion : synopsis symptomatologique et thérapeutique de la (re) consolidation du Nexus « paix-sécurité » dans les relations internationales

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