Robert Ngangue est un médiateur professionnel certifié IMI et conférencier. Il est à la tête de l’organisation Ombudsperson Mediation Initiative (OMI). Ex-fonctionnaire des Nations Unies, où il a cumulé 25 ans de carrière à la résolution des conflits dans le monde, il roule désormais pour la paix et contre les conflits dans son pays d’origine. C’est dans cette mouvance que le conflictologue organise la première édition de la « Semaine de la médiation » à Douala, du 31 mars au 4 avril 2026. Il dévoile les grandes lignes de cette initiative dans l’entretien ci-dessous.
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Robert Ngangue : « notre raison d’être est d’œuvrer pour une société camerounaise où la médiation, l’écoute attentive et le dialogue sont au cœur des interactions humaines »

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Vous organisez, du 31 mars au 4 avril 2026 la première édition de la Semaine de la médiation, à quoi cela renvoie-t-il ?

De nombreux pays dans le monde placent le bien-être quotidien de leurs populations au centre de leurs politiques publiques. De plus, ces pays sont soucieux de la manière dont la justice est rendue, bref de la manière dont les conflits, les litiges et autres désaccords sont prévenus et gérés. Cette posture implique une remise en cause permanente des mécanismes et outils de gestion des conflits pour explorer de nouvelles infrastructures de prévention et de résolution des conflits plus modernes, enracinées dans la culture africaine, enrichissant le lien humain et social, moins couteuses, parmi lesquelles la médiation et le dialogue.

« Donnons une chance à la médiation pour la paix et la santé sociale » est le thème de votre campagne. Dans le contexte actuel, pensez-vous que le Cameroun a besoin d’une telle initiative ?

Certes, les élections présidentielles du 12 octobre dernier sont derrière nous. Le contentieux électoral est vidé et le Président élu investit pour une nouvelle mandature. Il n’en demeure pas moins que les fondations de la nation camerounaise ont vacillé lors des joutes électorales et que la grogne populaire a failli embraser la République. À l’instar du conflit postélectoral de 2025, les villes mortes ayant paralysé certaines régions du Cameroun en 1991, le conflit postélectoral en 1992 et les émeutes de la faim en 2008 enseignent et interpellent sur le type de société à construire pour un Cameroun moins conflictogène et plus prospère. Dans un monde et un Cameroun où les conflits systémiques, structurels, communautaires et institutionnels prolifèrent, où la méfiance entre gouvernants et gouvernés grandit, où le dialogue s’effrite et où les procédures juridico- judiciaires de règlement des conflits sont souvent longues, complexes, coûteuses, trafiquées et stressantes, l’OMI croit fermement qu’il est urgent de réinventer la manière de gérer les différends. Notre raison d’être est d’œuvrer pour une société camerounaise en particulier et africaine en général, où la médiation, l’écoute attentive et le dialogue sont au cœur des interactions humaines au quotidien afin de désamorcer les bombes sur les cœurs et les esprits, prévenir et gérer les conflits à l’amiable. La Semaine de la médiation vise à promouvoir la culture de la médiation, de l’écoute attentive et du dialogue comme modes alternatifs de prévention des conflits et de résolution à l’amiable des conflits en milieu institutionnel, judiciaire, légal, entrepreneurial, communautaire, familial et parental. Cette Semaine de la médiation s’inscrit dans la continuité des actions menées par l’OMI en faveur de la paix, du dialogue et de la cohésion sociale, à l’instar de la campagne nationale pour la paix et la non-violence organisée avant, pendant et après l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun dont le rapport d’activité a été rendu public en février dernier. A titre de rappel, lors de cette campagne nationale pour la paix, un grand sondage d’opinion a été mené et l’exploitation des données recueillies a ressorti l’urgence de promouvoir au Cameroun des infrastructures de prévention, de promotion et de consolidation de la paix et de la réconciliation afin d’éviter un embrasement du Cameroun miné par des conflits multidimensionnels.

Votre programme prévoit une conférence débat, des rencontres avec les responsables des institutions et les praticiens de la médiation. De quoi allez-vous parler avec eux?

Cette première édition de la Semaine de la médiation ambitionne de consulter et échanger avec tous les acteurs, professionnels et sympathisants de la culture de la paix afin de clarifier le concept de médiation, explorer son opportunité, utilité et faisabilité dans le contexte camerounais, rappeler le cursus obligatoire et les qualités du médiateur professionnel certifié, examiner la valeur ajoutée de la médiation et du dialogue, bref de la gestion à l’amiable des conflits comparativement a la litigation très répandue en milieu juridico-légal, explorer les domaines d’intervention de la médiation au Cameroun, identifier les obstacles liés à la pratique de la médiation et examiner les perspectives pour son développement, mais aussi et surtout sensibiliser l’opinion sur l’importance et l’urgence de recourir a la médiation et au dialogue pour éviter à notre société des ressentiments, frustrations, colères, polarisations et radicalisations qui font généralement le lit des violences et des conflits armés aux conséquences aujourd’hui inimaginables.

Vous prévoyez également 20 séances de médiation gratuites en faveur du public pour favoriser la résolution pacifique des différends. Qui y sera invité ?

En réalité, nous avons voulu associer la théorie à la pratique. Discourir sur la médiation et le dialogue nous ont semblé insuffisants et l’OMI a mis en place une clinique des conflits du 31 mars au 4 avril pour donner la parole, écouter informellement, confidentiellement et selon les règles de l’art de la médiation professionnelle, non seulement les personnes en situation de conflit en famille, avec les voisins, en entreprise, en couple, situation de divorce ou séparation, avec les administrations/institutions, mais aussi et surtout lorsque le conflit n’a pas encore éclaté et que vous étouffez, vous notez des signaux inquiétants et vous voulez parler avec quelqu’un en toute confidentialité (un accord de confidentialité est signé à cet effet), prenez simplement votre téléphone et contactez l’OMI au 673026666 (Whatsapp) et 695266918 (Whatsapp) pour vous écouter attentivement sans vous juger et faire le point ensemble sur les différentes options d’apaisement et de règlement de votre litige. Vu le nombre très limité de rdv, les 20 premiers appels seront retenus. A vos téléphones et ensemble embrassons pleinement la pratique de la médiation pour une meilleure santé sociale!!

Une semaine est-elle suffisante pour régler les nombreux conflits que traverse le Cameroun ?

Rome n’a pas été construite en un jour. La tâche est certes lourde et il faut bien commencer quelque part. L’OMI ancre son action dans une approche de petits pas, qui, mis ensemble, tracent le sillon de la paix effective qui impacte des milliers de vies. Cette première édition aura lieu dans la ville de Douala. Les prochaines éditions se tiendront mensuellement, respectivement dans chacun des chefs-lieux des neuf autres régions du Cameroun au courant de l’année 2026. La deuxième édition de la Semaine de la médiation se tiendra à Yaoundé ou Garoua.

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