Lire le « droit de réponse » envoyé à la chanteuse.
Très chère dame, c’est avec une attention assez particulière que j’ai lu votre post intitulé « Le Cameroun ».
Fille de l’Ouest comme vous, j’ai trouvé vos affirmations si fantaisistes et si infondées qu’il m’était juste impossible de me taire.
À l’entame, vous dites que le MRC était accusé d’être un parti tribaliste, ou encore un mouvement insurrectionnel….”Pourtant, chacun sait que le MRC rassemble des Camerounais de toutes les tribus.”
Chère dame, à la veille de la présidentielle de 2018, le MRC va effectivement recevoir une adhésion massive du peuple camerounais sur toute l’étendue du triangle national.
Bien malheureusement, cette dynamique va très vite changer avec le discours de Kamto sur le « concours Bulu ». L’impact de son allocution sur la dégradation du climat sociopolitique au Cameroun n’est plus à démontrer.
Quand nos frères de l’Ouest, (même ceux qui ne s’étaient jamais intéressés à la chose politique, ni n’ayant une culture) répondant à l’appel de ralliement de Kamto, et poussés par un excès de zèle vont commencer à lancer des menaces du genre : “Attendez quand Kamto va prendre le pouvoir, vous les Bulu allez voir dans ce pays” c’était le début du déclin du MRC. Je me souviens avoir tiré la sonnette d’alarme à cette époque sans être entendue.
Le discours de nos frères à l’égard des autres compatriotes devenait de plus en plus violent et enflammé. Moi-même fille de l’Ouest, j’en avais des sueurs froides. Pourquoi faites-vous fi de cette réalité indéniable ?
Sur l’insurrection, comment voulez-vous qu’on qualifie un parti dont les membres cassent les ambassades, agressent les paisibles citoyens, menacent de mort ceux qui ne sont pas avec eux ?
Si aujourd’hui, du soutien des Nordistes à Bello Bouba et Issa Tchiroma, personne ne parle du tribalisme, c’est que le problème majeur ne réside pas au niveau du sentiment excessif de loyauté envers sa tribu. En sociologie, le tribalisme est aussi associé à l’idée de néotribalisme, une forme d’organisation sociale qui postule que les humains sont naturellement amenés à former des réseaux sociaux de type tribal, même en dehors d’une organisation sociale traditionnelle.
Ce qu’on reproche aux extrémistes pro Kamto c’est la dévalorisation des membres d’autres groupes. Vous n’avez jamais entendu un Nordiste insulter, intimider, ou menacer les camerounais d’autres tribus en soutien à leurs frères.
Vous affirmez avec vigueur qu’il existe bel et bien un problème Bamileké au Cameroun : Mais madame, lequel???
“De l’hostilité profonde contre le peuple bamileké entretenue depuis des décennies par certaines personnes”, à qui faites-vous exactement référence?
- A l’oligarchie qui nous gouverne depuis plus d’un demi-siècle ?
La deuxième personnalité de ce pays après Paul Biya est un bamileké. Le secrétaire général du RDPC est un bamileké.
- Au petit peuple ?
En dehors de quelques remous comme on en voit ici et là, et dans toutes les régions, les Camerounais vivent dans une relative bonne intelligence.
D’une histoire personnelle et collective
Vous parlez des frustrations que vous ressentiez quand vous entendiez ces refrains de cour d’école, reprenant la chanson de Takam 2 : « Si tu es Bami, c’est que Dieu t’a maudit » ?
Mais madame, Takam 2, il est bien Bamileké je crois ?
À qui donc la faute? Au bamileké qui lui-même à travers sa musique instaure dans l’inconscient collectif du peuple camerounais que l’homme bamileké est maudit, ou le petit enfant de 6 ans qui dans la cours de récréation répète les mots d’une chanson dont il ne comprend pas lui-même la signification ?
Pendant que vous mentionnez ce que vous avez entendu depuis votre enfance, pourquoi n’allez-vous pas jusqu’au bout en mentionnant ce que nous-mêmes les Bamilekés disons des uns et des autres?
Les autres Bamileké traitent les Bangoua de peuple de Judas, les Balengou d’ignorants, les Bamena de voleurs de chèvres, les Bafoussam de peuple de Famla, les Bagangté des Djon etcétéra.
Saint Bruno Tagne, lui-même Bamileké va d’ailleurs et proprement répandre ces clichés que les bamileké ont les uns contre les autres dans une chanson qui nous a fait tous danser intitulée: “Chaque village a un défaut”.
Chère madame, ces stéréotypes, clichés et caricatures que nous avons tous entendu dans l’insouciance de l’enfance, et qui marque le rejet que nous-mêmes les bamileké avons les uns des autres, comment l’appelez-vous ?
Quand vous voulez faire un constat, allez jusqu’au bout. De votre fierté à être bamileké, votre désir à le scander haut et fort donne à penser que vous avez des complexes ancrés dans votre ADN. Autrement, vous n’avez à prouver à personne d’être fière d’être ce que la nature vous a imposé. Personne ne choisit ses origines, vous n’avez pas choisi d’être bamileké, ni d’être née à Mvog-Ada, en être fière ou non est donc sans importance.
Du deux poids deux mesures ?
Non ma chère dame, personne n’a réduit l’engagement de Maurice Kamto en politique à son origine. Il l’a fait lui-même en voulant passer le concours pour devenir Bulu.
Sur l’arrestation des manifestants pro MRC et ce que vous estimez être une complaisance à l’égard des Nordistes.
Chère madame, bien que nous déplorons avec vous l’incarcération depuis près de 7 ans des personnalités comme le Pr Alain Fogue (avec qui j’ai travaillé avec Kamto à Paris pour la correction du projet de société du MRC, et pour qui j’ai une affection particulière), devons-nous vous rappeler que l’essentiel de nos forces de maintien de l’ordre se trouvent à Yaoundé, capitale politique du Cameroun où réside le Président de la République? Quelle est la capacité de nos forces de l’ordre dans le Nord pour affronter une population en furie sans préparation? Chère madame, apprenez à réfléchir avec le cerveau en faisant fi de vos émotions primaires et vous verrez le monde avec beaucoup plus de clarté.
De votre précision
Il en découle que “ Maurice Kamto n’est pas le premier candidat Bamileké à la présidence. Il y en a eu d’autres avant lui. Mais ils n’ont pas eu l’adhésion massive des fils et filles Bamileké”. Soit.
De même, ces autres candidats bamileké précédents n’ont jamais exprimé un quelconque désir de vouloir passer un concours pour devenir Bulu, encore moins vu leurs adhérents ou sympathisants casser les ambassadeurs et terroriser les autres camerounais qui ne partageaient pas leurs visions.
Vous nous annoncez votre adhésion au MRC, c’est votre droit madame. La liberté d’expression et d’adhésion à un parti politique est garantie par la constitution de notre pays. Ce qui est condamnable c’est la terreur contre les autres camerounais qui ne vous ont rien demandé.
Vous dites et je cite: “À partir de demain, je contacte le président Mamadou Mota, le MANIDEM…j’irai où ira Maurice Kamto que j’appelle désormais mon Président.” Fin de citation.
QUESTION: Mais madame, c’est où exactement que vous allez suivre Kamto? Au MRC ou au Manidem ?
De Votre discours, il en découle clairement que vous-même ne savez pas où il se trouve. Si un homme peut manquer autant de direction, comment peut-il donc prétendre conduire la destinée de notre peuple? C’est ces incohérences, manque de direction, manque de rationalité et de logique dans ses idées et actions que nous avons passés le temps à décrier.
Il est votre président à vous, bien vous en fasse. Pourquoi devions-nous vous insulter pour ça? Vous êtes bien libre de suivre ou désigner qui bon vous semble comme votre président. Vous pouvez même en faire le président de votre famille, qu’importe. We really don’t care.
Vous dites et je cite: « Je me propose même d’être la sœur du village qui recrute désormais les militants dans la secte Bahamique contactez moi pour vos adhésions ».
Tant que votre secte n’a pas pour dessein de nuire à la tranquillité du peuple camerounais, donnez-vous à cœur joie.
En conclusion
Chère dame, il n’y a de problème bamileké au Cameroun que ce que vous en voulez qu’il soit. Le Cameroun est un jeune Etat constitué d’un peuple mosaïque qui ne partagent ni la même langue ni les mêmes traditions. Néanmoins, et malgré les vicissitudes de la vie, ils se battent au quotidien pour vivre en bonne intelligence.
Toutefois, je vous concède que nous avons dans notre pays, un problème de justice et d’équité. Indépendamment de leurs appartenances ethniques, les Camerounais sont divisés en deux grands groupes: Le groupe de ceux qui mangent, et le groupe de ceux qui ont faims, et ces deux groupes sont représentés par toutes les tribus du Cameroun.
D’où la nécessité pour chaque camerounais de travailler inlassablement pour ensemble, construire un pays fondé sur la justice et l’égalité social. Promouvoir les valeurs d’unité nationale, de paix et de solidarité tout en réprimant avec la dernière énergie les discours comme les vôtres qui engendrent une fracture sociale dont notre peuple n’en a pas besoin.
Cordialement vôtre.
Dr Modestine Carole Tchatchouang Yonzou
Fille de la République
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