Macky Sall et le Secrétariat général de l’ONU : le paradoxe d'une candidature « hors-sol »
Macky Sall candidat au Secrétariat général de l'ONU
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Macky Sall et le Secrétariat général de l’ONU : le paradoxe d’une candidature « hors-sol »

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Alors que les rumeurs et les sondages internationaux placent Macky Sall, ancien président du Sénégal, parmi les favoris pour succéder à António Guterres, un malaise s’installe dans les chancelleries africaines. Comment un candidat peut-il prétendre au sommet de la diplomatie mondiale sans l’onction de son « contingent » naturel — le Sénégal et l’Union Africaine (UA) ? Cette anomalie n’est pas un hasard de calendrier, mais le signe d’une mutation profonde et inquiétante de la géopolitique mondiale.

I- L’AFFRANCHISSEMENT DU SOUTIEN CONTINENTAL : UNE STRATÉGIE DE RUPTURE 

En diplomatie classique, le soutien régional est le socle de toute ambition multilatérale. Pourtant, Macky Sall semble avoir fait le pari de l’indépendance vis-à-vis de ses pairs africains. Cette assurance, qui peut paraître téméraire, trouve sa source dans une réalité moins visible : l’ancien président sénégalais ne cherche pas à être le candidat de l’Afrique, mais le candidat d’un système.

Sa nomination par Emmanuel Macron en tant qu’Envoyé spécial du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète (4P) n’était pas une simple reconversion, mais un positionnement stratégique. En pilotant ce plan financier international, Macky Sall s’est incrusté au cœur de l’architecture néolibérale mondiale. Pour lui, le soutien de l’UA n’est devenu qu’un « bonus » optionnel face au soutien structurel des puissances occidentales.

II- LE CANDIDAT DU SYSTÈME NÉOLIBÉRAL 

Si les sondages mondiaux lui sont favorables, c’est que Macky Sall coche toutes les cases de la « stabilité » vue par l’Occident. À ce niveau de relations internationales, l’altruisme n’existe pas ; seuls prévalent les intérêts.

Le système financier international et les grandes puissances (notamment la France) voient en lui un profil idéal :

– Un relais d’influence : Un leader africain capable de parler le langage du Nord et de maintenir le statu quo économique.

– Une légitimité de façade : Sa nationalité africaine sert de caution morale pour faire accepter des réformes globales qui, souvent, desservent les économies émergentes.

Cette dynamique de « candidature indépendante » cache en réalité une dépendance profonde vis-à-vis de ceux qui l’ont « poussé au perchoir ».

III- GÉOSTRATÉGIE D’UN RISQUE POUR L’AFRIQUE 

L’accession de Macky Sall à la tête de l’ONU, sans mandat clair de son continent, poserait un problème de représentativité majeur. Dans la joute géopolitique actuelle, où le Sud Global réclame une réforme du Conseil de Sécurité et une justice climatique réelle, un Secrétaire général qui doit sa place à l’axe néolibéral agirait inévitablement comme un tampon, et non comme un levier.

Le risque est clair : voir un Africain à la tête de l’ONU qui ne défendrait pas les intérêts de l’Afrique, mais qui utiliserait son identité pour valider des politiques décidées ailleurs.

IV- CONCLUSION : UNE SOUVERAINETÉ DIPLOMATIQUE À DÉFENDRE 

La certitude affichée par Macky Sall malgré l’absence de soutien de son contingent est le symptôme d’une déconnexion entre les élites diplomatiques cooptées par le Nord et les aspirations réelles du continent africain.

Si cette candidature aboutit par le seul fait des réseaux d’influence occidentaux, elle marquera un recul pour la diplomatie africaine. L’Afrique n’a pas besoin d’un visage au sommet des Nations Unies ; elle a besoin d’une voix. Et cette voix ne peut être légitime que si elle est portée par les siens, et non portée par ceux qui trouvent dans le système néolibéral leur seul intérêt de survie. Il y a, en effet, matière à craindre que l’ONU de demain ne soit que le miroir d’une influence étrangère déguisée sous des traits familiers.

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