Par Charly Kengne
I. L’alarmisme chiffré : le symptôme d’une société assiégée
La progression de la consommation de drogues au Cameroun n’est pas un phénomène de mode, c’est une érosion planifiée. Le fait que 68% des consommateurs soient scolarisés indique que le système éducatif — le moteur de la reproduction sociale — est directement visé. En saturant les établissements scolaires de substances comme le « Tramol » ou la « Flakka », les réseaux criminels s’assurent que la future élite intellectuelle et technique du pays soit frappée d’incapacité avant même d’entrer sur le marché du travail. Dans les zones de crise (NOSO et Grand-Nord), l’augmentation de 22% à 42% des usagers montre que la drogue est utilisée comme un outil de guerre pour maintenir les populations dans un état de prostration et de dépendance.
II. L’impact social : la déconstruction du modèle familial
Chaque dose vendue est un coup porté à la structure de base de la nation : la famille.
– La criminalité induite crée un sentiment d’insécurité permanente qui pousse les populations à se méfier de leur propre jeunesse.
– La santé mentale, autrefois pilier de la résilience communautaire, s’effondre avec des cas de psychoses irréversibles, transformant des bras valides en fardeaux pour l’État.
– La prévalence du VIH (12%) chez les usagers crée une double peine sanitaire, grevant le budget de la santé publique au profit de soins palliatifs plutôt que préventifs.
III. Les routes du poison : une logistique de précision
Le Cameroun est devenu le « hub » de l’Afrique Centrale non seulement par sa géographie, mais par sa logistique.
Les trafiquants utilisent la façade maritime (Douala, Kribi) comme point d’entrée pour les produits venus d’Amérique Latine (Cocaïne) et d’Asie (Synthétiques). Ces substances irriguent ensuite l’arrière-pays vers le Tchad et la RCA, faisant du Cameroun le « pivot » d’une zone de non-droit. L’utilisation systématique des aéroports de Yaoundé et Douala prouve que les réseaux disposent de complicités à des niveaux de contrôle stratégiques.
IV. L’enjeu stratégique du Cameroun : pourquoi viser sa jeunesse ?
C’est ici que se joue la véritable partie d’échecs géopolitique. Le Cameroun n’est pas ciblé par hasard. Il est le « verrou » de l’Afrique Centrale.
1. La neutralisation du leadership régional
Le Cameroun possède l’une des jeunesses les plus instruites et les plus entreprenantes de la sous-région. En « anesthésiant » cette jeunesse par les stupéfiants, les puissances impérialistes s’assurent que le pays ne pourra pas exercer son rôle de leader naturel dans la zone CEMAC. Une jeunesse droguée est une jeunesse qui ne conteste pas, qui ne revendique pas de souveraineté économique et qui ne s’oppose pas aux accords de coopération déséquilibrés.
2. Le contrôle des ressources et la théorie du chaos
L’histoire des conflits modernes montre que pour piller les ressources (pétrole, gaz, bauxite, terres rares), il est plus facile de traiter avec un État affaibli. La drogue crée un chaos social interne qui justifie parfois des interventions extérieures sous prétexte « humanitaire » ou « sécuritaire ». En soutenant indirectement ces circuits, certains réseaux occidentaux préparent le terrain d’une déstabilisation qui permettrait un accès direct aux ressources sans le filtre d’un État fort.
3. La guerre par procuration (proxy war)
Dans le contexte de la rivalité Est-Ouest, le Cameroun diversifie ses partenaires (Russie, Chine, Turquie). Pour certains « partenaires traditionnels » qui voient leur influence décliner, l’introduction massive de drogues est une arme de subversion. Il s’agit de détruire de l’intérieur ce que l’on ne peut plus contrôler par la diplomatie ou la force militaire directe. C’est la stratégie de la « terre brûlée » appliquée au capital humain.
4. Le blanchiment et l’ingérence financière
Les puissances occidentales critiquent le trafic tout en profitant du recyclage de l’argent sale dans leurs circuits bancaires offshore. Cet argent, une fois réinjecté, sert à financer des mouvements politiques dissidents ou des ONG de façade qui travaillent à la déstabilisation des institutions nationales camerounaises.
V. La complicité des réseaux internationaux
L’implication d’agences de renseignement comme la CIA par le passé, ou la passivité des banques européennes face au flux de capitaux douteux, confirme que le trafic de drogue est un instrument de politique étrangère. Quand l’Allemagne exporte les produits chimiques nécessaires à la synthèse ou que la France tolère des réseaux de distribution sur ses territoires d’influence, elles participent à l’affaiblissement des structures étatiques africaines.
VI. Réponse et souveraineté : le chemin de la résistance
Pour le Cameroun, la lutte contre la drogue doit être élevée au rang de Priorité de Défense Nationale.
– Contre-espionnage : Surveiller les flux financiers suspects liés aux importations de « médicaments ».
– Éducation Patriotique : Réveiller la conscience des jeunes sur le fait que consommer, c’est collaborer avec l’oppresseur.
– Assainissement des institutions : Purger la police et la douane des éléments corrompus qui facilitent le passage du poison.
Références et sources documentaires
1- Rapports Institutionnels :
– Ministère de la Santé Publique du Cameroun (2024) : Plan stratégique de lutte contre les drogues.
– ONUDC (2023) : World Drug Report – Focus on the Gulf of Guinea.
2- Ouvrages de Géopolitique :
– Alfred W. McCoy : The Politics of Heroin: CIA Complicity in the Global Drug Trade. Une étude monumentale sur comment les services secrets utilisent la drogue pour financer des guerres secrètes.
– Pierre-Arnaud Chouvy : Géopolitique des drogues illicites.
3- Articles et Analyses :
– Jeune Afrique / Le Monde Afrique : Enquêtes sur les routes du Tramadol et de la Cocaïne en Afrique de l’Ouest.
– Rapports du GAFI (Groupe d’action financière) sur le blanchiment des capitaux en Afrique Centrale.
















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