Alors que les autorités annoncent un durcissement des sanctions contre les actes d’insalubrité, la question des moyens mis à la disposition des populations reste centrale. Entre volonté politique et réalités du terrain, la propreté de nos villes ne pourra être durable sans solutions concrètes, accessibles et inclusives.
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Insalubrité urbaine au Cameroun : la discipline oui, mais quelles solutions ?

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La récente sortie du ministre de l’Administration territoriale sur la lutte contre l’insalubrité publique marque une étape importante voire décisive pour la gestion des déchets au Cameroun. En annonçant des poursuites contre les personnes qui jettent les ordures en dehors des points autorisés, le gouvernement affiche clairement sa volonté de remettre de l’ordre dans nos villes, devenues trop souvent des dépotoirs à ciel ouvert.

Sur le principe, le message est fort et nécessaire. La salubrité urbaine est une question de santé publique, de dignité et de responsabilité collective.

Mais une réalité de terrain ne peut être ignorée : on ne peut exiger la discipline sans offrir les moyens de l’appliquer.

Dans de nombreux quartiers, le problème n’est pas uniquement l’incivisme. Il réside surtout dans la rareté des bacs à ordures,  l’irrégularité ou la méconnaissance des plannings de ramassage, et le difficile accès des services de ramassage dans certains quartiers. Les populations sont souvent disposées à bien faire, encore faut-il savoir où et à quelle heure déposer les déchets et quand les camions passent.

Demander aux citoyens de parcourir 100 à 500 mètres pour jeter leurs ordures est légitime, à condition que :

– des bacs existent réellement dans ce périmètre ;

– ces bacs soient fonctionnels et régulièrement vidés ;

– l’information soit clairement communiquée aux populations.

Sanctionner sans accompagner risque de créer frustrations et tensions, notamment dans les quartiers populaires où les services de base restent insuffisants. La salubrité ne peut pas reposer uniquement sur la répression. Elle doit aussi s’appuyer sur l’organisation, la sensibilisation et l’implication des citoyens.

Pour que la campagne nationale de « ville propre » produise des résultats durables, les brouettes, pelles et râteaux ne suffisent pas. Il faut, en plus :

– renforcer l’installation des bacs à ordures ;

– rendre publics et accessibles les plannings de collecte ;

– impliquer les associations, les jeunes et les comités de quartier ;

– encourager les bonnes pratiques, en complément des sanctions.

Rendre nos villes propres est un projet collectif.

Oui à la discipline.

Mais une discipline accompagnée de solutions concrètes, visibles et accessibles.

Anne Stéphanie NDONKO

Juriste en environnement – Consultante RSE et Développement durable

Spécialiste en gestion des déchets

Présidente de l’Association A2D (Action pour le Développement Durable)

anne.stephanie.ndonko@action2d.org

+237 652 141 363

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