Le document adressé aux membres du gouvernement de la Commission révèle que les indicateurs de trésorerie, régulièrement présentés par les services comptables, signalent un épuisement préoccupant des ressources disponibles. Cette fragilité budgétaire menace désormais de paralyser le fonctionnement normal des institutions, y compris celui de la Commission elle-même.
À l’origine des difficultés se trouve le faible recouvrement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principale source de financement de l’organisation. Perçue sur certaines importations au sein de l’espace communautaire, cette taxe devait garantir l’autonomie financière de la CEMAC et soutenir ses programmes d’intégration régionale. Son rendement actuel ne suffit toutefois plus à couvrir les besoins essentiels.
Face à cette situation, le Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC) a récemment recommandé l’ouverture d’un « dialogue franc » avec les États membres. Une mission confiée au vice-président de la Commission a permis de sensibiliser quatre capitales, mais les résultats tardent à se concrétiser.
Cette suspension envoie un avertissement aux États, principaux contributeurs au budget communautaire, et met en lumière la dépendance structurelle de l’organisation aux engagements financiers nationaux, dans une région confrontée à des contraintes budgétaires renforcées par des chocs économiques récents.
À court terme, cette décision risque de ralentir la mise en œuvre de plusieurs programmes régionaux, notamment dans les secteurs de l’intégration économique, des infrastructures et de la libre circulation. Elle pose en filigrane la question de la durabilité du modèle de financement des institutions communautaires africaines.
En choisissant une suspension partielle plutôt qu’un fonctionnement dégradé, la Commission cherche à préserver ses priorités tout en accentuant la pression sur les États membres. Il reste à voir si cet électrochoc permettra de relancer le recouvrement de la TCI et d’éviter une paralysie prolongée de l’appareil communautaire.
Au-delà de la crise financière immédiate, cet épisode souligne que la crédibilité des projets d’intégration dépend autant de la volonté politique que de la rigueur financière. Pour la CEMAC, le défi est double : rétablir ses équilibres et démontrer que l’intégration régionale reste un objectif réalisable pour l’Afrique centrale.
















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