Elles sont une vingtaine, âgées entre 9 et 19 ans, venues de la Centrafrique, du Tchad et du Congo. Ces jeunes filles réfugiées de Douala manquent presque de tout. Notamment l’éducation et les ressources nécessaires pour leur épanouissement. Elles sont également victimes de discrimination, de mariages précoces, d’insécurité et de stigmatisation.
Dans un contexte où leur voix est marginalisée, la création des espaces sûrs et participatifs où elles peuvent s’exprimer, développer leurs compétences et devenir actrices de leur propre avenir devient capitale. Le projet filles et société civile inspiré pour une éducation inclusive et transformatrice (Ignite) place ces jeunes filles au cœur de leur changement. Le programme leur donne le moyen de défendre leur droit à l’éducation. « Depuis que j’ai intégré cette association, je suis beaucoup plus rayonnante. Car je m’exprime maintenant aisément, je respecte mes droits et je respecte mes aînés. Avant j’étais renfermée », témoigne Vivaldie Mendjiki, réfugiée centrafricaine.
Pour Gemima Ekouma, une autre réfugiée, « cette formation m’a permis une fois de plus de découvrir que la jeune fille doit jouir du même droit que les jeunes garçons. Car elle a le droit d’aller à l’école, de voter et d’être autonome et indépendante. L’éducation de la jeune fille ne doit pas être banale car elle a les mêmes droits que les jeunes garçons ».
Cette formation est organisée par l’association Elles Rayonnent Ensemble en partenariat avec le projet Ignite. Elle est justifiée par la nécessité de transformer leur expérience en force de plaidoyer, afin de promouvoir une société plus inclusive et équitable où chaque fille peut apprendre et s’épanouir. « La session de formation sur le plaidoyer des jeunes filles réfugiées urbaines de Douala avait pour objectif de les outiller sur comment défendre la cause de l’éducation de la jeune fille réfugiée. A cette formation nous avons rajouté l’art oratoire pour qu’elles prennent confiance en elles et surtout qu’elles sachent prendre la parole en public », explique Suzanne Mveng, responsable des programmes à l’association Elles Rayonnent Ensemble.
« Les jeunes filles ont ce sérieux problème de prise de parole en public. S’exprimer, donner leur ressenti, c’est quelque chose qu’elles n’ont certainement pas appris dans leur environnement. Autour de cet atelier, chacune d’elles a eu l’occasion de s’exprimer. Elles ont vu combien il est important de dire un mot, parce que de toutes les façons, chacune est garante de sa destinée. Quand quelqu’une prend sur elle de s’exprimer, ça montre au moins le chemin à chacune que c’est essentiel de dire quelque chose. Il faut toujours avoir quelque chose à dire, sinon la société va se construire et elles n’en seront pas actrices », argumente Winnie Lobé, formatrice en art oratoire. Elle ajoute : « Je constate que 90% de filles aiment bagarrer et sont cholériques. Lorsque que tu leur demandes ce qu’elles aiment, elles te disent qu’elles aiment la bagarre. C’’est ce qu’on leur a appris, c’est ce qu’elles ont vu, c’est ce que l’environnement leur a montré. Mais aujourd’hui je pense qu’avec l’expression orale, elles ont appris autre chose et vont intégrer qu’il y a plus important que ça ».
Le projet Ignite qui a débuté en août 2024 va se clôturer le 31 mars 2026. Il donnera naissance à un « club des jeunes leaders réfugiés urbaine de Douala ».
Huguette Toukam
















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