Par Charly Kengne
La scène, abondamment relayée sur les réseaux sociaux, montre la promotion au grade de Lieutenant-Colonel de Cyr Kamga Tabopda au sein de l’US Army. Pour une partie de l’opinion publique camerounaise, c’est une source de fierté, l’illustration de la « réussite de la diaspora ». Pourtant, une analyse froide des réalités géopolitiques et géostratégiques impose un constat radicalement inverse : cette élévation ne sert en rien les intérêts du Cameroun.
I- La seule et unique réalité derrière le serment prêté
En géostratégie, le militaire est l’outil de la volonté politique d’un État. En prêtant serment à la bannière étoilée, un officier, fût-il né à Bafoussam ou à Douala, n’appartient plus à sa terre d’origine.
1- Le Serment : Un officier de l’armée américaine jure de « défendre la Constitution des États-Unis contre tous les ennemis, extérieurs et intérieurs ». Dans ce cadre, le Cameroun n’est plus une patrie, mais une zone d’intérêt ou, le cas échéant, un théâtre d’opération.
2- Les Intérêts Vitaux : Si les intérêts de Washington (stabilité du Golfe de Guinée, accès aux ressources minières, lutte contre l’influence chinoise ou russe) entrent en conflit avec la souveraineté de Yaoundé, cet officier sera l’instrument de la puissance américaine, et non un médiateur pour son pays d’origine.
II- Menace géostratégique latente : l’expertise contre la patrie
L’extase collective face à cette promotion est le signe d’une défaite symbolique. Mais pire encore d’une méconnaissance dangereuse de la réalité Géopolitique mondiale parce que là où le citoyen naïf voit une « victoire camerounaise », le stratège voit une aliénation stratégique.
Pourquoi cette promotion peut-elle représenter une menace ?
1- Connaissance du terrain et de la culture : Un officier d’origine locale possède une compréhension socioculturelle et linguistique que le Pentagone valorise. En cas de crise majeure ou d’intervention (directe ou indirecte), cette expertise « autochtone » est utilisée pour infiltrer, influencer ou déstabiliser plus efficacement les structures locales.
2- L’exemple de la Libye et du Sahel : L’histoire récente montre que les puissances occidentales utilisent souvent des cadres issus de la diaspora pour légitimer des transitions ou diriger des conseils de transition après des bouleversements politiques. L’officier devient alors le « proconsul » de la puissance étrangère.
3- L’Espionnage et l’Influence : Ces profils sont des cibles de choix pour les services de renseignement. Un officier d’origine camerounaise haut gradé aux USA pourrait, dans certains scénarios, servir de canal pour influencer des officiers qui servent au sein des Forces Armées du pays d’origine, créant des réseaux d’influence parallèles au sein de l’appareil sécuritaire camerounais.
III- Conclusion
Il est temps de sortir du complexe du colonisé qui consiste à célébrer comme une victoire nationale le fait qu’un enfant du pays serve, avec brio, les intérêts d’une puissance étrangère. Le Lieutenant-Colonel Tabopda est, par sa fonction et son serment, un instrument de la politique étrangère américaine.
Le véritable succès géostratégique pour le Cameroun ne réside pas dans le grade obtenu par ses fils au Pentagone, mais dans sa capacité à retenir ses talents pour bâtir une architecture de défense autonome, capable de protéger le triangle national sans injonction extérieure.
















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