Le 2 janvier 2026, une requête à la portée politique et constitutionnelle exceptionnelle a été officiellement déposée au greffe du Conseil constitutionnel camerounais. Signée par Olivier Bile, président de la Cellule de coordination Libérateurs – ATP et figure du mouvement « Les Libérateurs », elle sollicite la constatation d’un empêchement définitif du président de la République, Paul Biya, ouvrant potentiellement la voie à une vacance du pouvoir et à l’organisation d’un nouveau scrutin présidentiel.
Paul Biya, Président de la République du Cameroun
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Cameroun : une requête pour un « empêchement définitif » de Paul Biya déposée au Conseil constitutionnel

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Datée du 31 décembre 2025, cette requête a reçu un récépissé officiel délivré par le secrétariat général du Conseil constitutionnel, conformément aux dispositions de l’article 55, alinéa 3, de la loi n° 2004/004 du 21 avril 2004 portant organisation et fonctionnement de cette institution, modifiée et complétée par la loi n° 2012/015 du 21 décembre 2012.

Une démarche solennelle aux accents politiques et symboliques

Le document s’ouvre sur une citation biblique tirée du premier livre de Samuel : « Je me repens d’avoir établi Saül comme roi, car il s’est détourné de moi et n’a point exécuté mes ordres » (1 Samuel 15:11). Ce choix confère à la requête une dimension morale assumée. Le mouvement « Les Libérateurs » se présente comme une organisation camerounaise fondée sur la devise « Foi – Liberté – Panafricanisme – Prospérité ». La symbolique visuelle est marquée : sceau rouge, chaînes brisées, signature manuscrite, autant d’éléments destinés à souligner le caractère solennel et historique de cette initiative.

Le fondement constitutionnel : l’article 6 au cœur de la requête

L’argumentation repose essentiellement sur l’article 6, alinéa 4, de la Constitution camerounaise, qui dispose : « En cas de vacance de la présidence de la République par décès, démission ou empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel, le scrutin pour l’élection du nouveau président a lieu vingt jours au moins et quarante jours au plus après l’ouverture de la vacance. » Les auteurs de la requête estiment que la situation actuelle correspond à cette hypothèse constitutionnelle et dénoncent un « blocage du système institutionnel » qu’ils situent depuis 2019, évoquant une crise politique, administrative et juridictionnelle prolongée.

Comprendre la notion d’« empêchement définitif »

En droit constitutionnel camerounais, la notion d’empêchement définitif dépasse l’incapacité physique constatée médicalement. Elle désigne une situation dans laquelle le chef de l’État est durablement dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions constitutionnelles. Contrairement à l’empêchement temporaire, l’empêchement définitif suppose une permanence affectant le fonctionnement normal des institutions. Seul le Conseil constitutionnel est habilité à en apprécier l’existence, sur la base d’éléments objectifs tels que la continuité de l’action de l’État, l’exercice réel des prérogatives présidentielles et la régularité du fonctionnement des pouvoirs publics. C’est précisément sur ce terrain que s’appuie la requête d’Olivier Bile, qui invite la haute juridiction à constater que l’État fonctionnerait désormais sans impulsion effective du chef de l’exécutif.

Des institutions jugées « en hibernation »

La requête dresse un constat sévère de l’état des pouvoirs publics. Les Libérateurs relèvent l’absence prolongée de remaniement ministériel depuis 2019, malgré « des décès et des démissions enregistrés au sein du gouvernement ». Cette inertie témoignerait, selon eux, d’une incapacité à assurer la conduite normale de l’exécutif. Le document évoque également un législatif paralysé, incapable de renouveler ses dirigeants, dont l’état de santé est jugé préoccupant. Cette situation affaiblirait la représentation nationale et le contrôle de l’action gouvernementale. S’agissant du judiciaire, la requête souligne que le Conseil supérieur de la magistrature, présidé par le chef de l’État, « ne se serait pas réuni depuis au moins cinq ans », une situation préjudiciable tant aux carrières des magistrats qu’aux droits des justiciables.

L’armée et le symbole de l’absence

Autre élément mis en avant : l’absence prolongée du président de la République aux cérémonies de sortie de promotion de l’École militaire interarmes (EMIA). Pour les auteurs, cette distance affecterait « le moral des troupes » et renforcerait le sentiment d’un pays gouverné à distance. Ils évoquent un « gouvernement par procuration » et un Cameroun placé en « pilotage automatique », dans un contexte marqué par la rareté des prises de parole présidentielles.

Se défendant de toute intention polémique, Olivier Bile affirme agir « sans acrimonie » et dans un esprit strictement républicain. L’objectif affiché consiste à « sortir le pays d’une longue léthargie institutionnelle » et à permettre une clarification constitutionnelle. La requête invite le Conseil constitutionnel à « prendre ses responsabilités devant l’Histoire » et à engager, si les faits le justifient, la procédure de constat d’empêchement définitif, préalable à l’ouverture d’une vacance du pouvoir. Le texte se conclut par une invocation solennelle : « Dieu bénisse notre pays à tous !!! »

Une initiative enregistrée, au retentissement politique certain

À ce stade, le Conseil constitutionnel s’est limité à l’enregistrement formel de la requête, sans se prononcer sur sa recevabilité ni sur le fond. Dans un pays où la continuité du pouvoir présidentiel demeure l’un des tabous majeurs du débat public, cette initiative portée par Olivier Bile constitue une interpellation juridique inédite, susceptible d’alimenter une réflexion profonde sur l’état des institutions camerounaises.

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