POUR UNE CONSCIENCE CITOYENNE ET GÉOSTRATÉGIQUE
Le 17 décembre 2025 restera une date charnière dans l’histoire de la coopération sanitaire entre Yaoundé et Washington. La signature d’un Mémorandum d’Entente (MoU) engageant un investissement américain de 400 millions de dollars sur cinq ans est présentée officiellement comme un acte de philanthropie salvatrice. Pourtant, à l’heure où la Zambie et le Zimbabwe rejettent des propositions similaires au nom de leur souveraineté, il est impératif d’analyser ce que cache réellement la doctrine « America First Global Health Strategy » (AFGHS) appliquée au sol camerounais.
I- LA SANTÉ : NOUVEAU LEVIER DE LA « DIPLOMATIE DES RESSOURCES »
L’aide humanitaire n’est plus ce qu’elle était. Sous le prisme de l’AFGHS, la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose est explicitement liée à la « sécurisation des chaînes d’approvisionnement américaines ». En Zambie, le masque est tombé : les 320 millions de dollars d’aide sanitaire étaient conditionnés à un accès privilégié au cuivre et au cobalt, minerais critiques pour l’industrie de défense et technologique des États-Unis.
Le Cameroun, riche de son sous-sol (fer, bauxite, cobalt, nickel), doit s’interroger. Sommes-nous en train de troquer la santé de nos populations contre l’hypothèque de nos richesses futures ? Le silence des clauses sur les contreparties minérales au Cameroun ne doit pas être interprété comme une absence de danger, mais peut-être comme une stratégie plus feutrée d’ancrage structurel.
II- LE PIÈGE DU CO-FINANCEMENT : UNE ASYMÉTRIE FINANCIÈRE REDOUTABLE
L’accord prévoit que les États-Unis investissent 400 millions de dollars, mais exige en retour que le Cameroun augmente ses propres dépenses de santé de 450 millions de dollars (environ 270 milliards de FCFA). Cette clause de « responsabilité partagée » est un tour de force géopolitique :
– Elle contraint le budget national camerounais à s’aligner sur des priorités définies à Washington (VIH, tuberculose) plutôt que sur des besoins endogènes urgents (soins primaires, infrastructures rurales).
– Elle crée une dépendance budgétaire où l’État doit s’endetter ou réduire d’autres budgets régaliens pour satisfaire aux « benchmarks » de performance imposés par le partenaire américain et son Big Pharma.
III- LA SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE ET BIOLOGIQUE EN PÉRIL
L’investissement de 52 millions de dollars dans la numérisation des données de santé et le renforcement des laboratoires n’est pas neutre. En installant des systèmes d’information « interopérables » gérés par des outils américains, nous ouvrons la porte à un contrôle extérieur total sur nos données génomiques et épidémiologiques. À l’ère de la biotechnologie, l’information sur les pathogènes et le profil génétique d’une population est une ressource stratégique plus précieuse que le pétrole.
APPEL À LA VIGILANCE NATIONALE
Nous interpellons les autorités en charge de la Santé Publique et l’ensemble de la classe dirigeante :
1- Transparence Totale : Les clauses annexes de ce MoU doivent être rendues publiques. Existe-t-il des accords tacites sur l’accès aux zones minières ou sur le partage exclusif des données biologiques ?
2- Priorité à l’Endogénéisation : Le Cameroun ne doit pas se contenter d’être un réceptacle de programmes conçus pour servir l’intérêt national américain (« America First »). La santé des Camerounais ne doit pas être une monnaie d’échange dans la guerre froide que se livrent les grandes puissances pour le contrôle de l’Afrique Centrale.
3- Éveil Citoyen : Le peuple doit comprendre que derrière chaque dollar investi dans un centre de dépistage se cache peut-être une concession minière ou une perte de contrôle sur notre patrimoine biologique.
CONCLUSION
La souveraineté ne se négocie pas, elle s’exerce. Le rejet par nos voisins d’accords jugés « asymétriques » doit nous servir de boussole. Il est temps de construire une architecture de défense sanitaire qui repose sur nos propres forces, loin des stratégies de prédation déguisées en aide humanitaire.
















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