Dans un espace politique où tout se lit par rapport à la longévité au pouvoir du président de la République et des multiples tentatives de mettre en échec cette évidence, la question se pose : et si la fronde venait du Sud ? La région du Sud serait-elle celle qui ferait basculer le régime et acter sa fin?
Une lecture des évènements permet de replacer les faits dans le contexte pour en saisir la pleine signification.
1- L’indiscipline avérée
L’article 3 de la constitution du Cameroun dispose : » les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils doivent respecter les principes de la démocratie, de la souveraineté et l’unité nationale. Ils se forment et exercent leurs activités conformément à la loi« . Cette disposition emporte qu’au-delà des lois de la République, les partis politiques ont leurs propres statuts.
Dans cette ligne de fracture, les militants sont dans l’obligation de respecter les positions officielles du parti dans les manifestations publiques ou les choix politiques. La désignation des personnes appelées à occuper des postes électifs fait partie de telles activités. Un parti politique doit savoir faire front et donner la preuve de sa cohésion politique et de sa cohérence idéologique.
En refusant de se soumettre au « pli fermé du Comité Central » , Gervais Ndo, élu président du conseil régional du Sud a enfreint la position officielle du RDPC dans la mesure où son parti avait porté son choix sur un autre militant pour ce poste. Et cette indiscipline avérée ne concerne pas seulement la personne de Gervais Ndo mais tous les autres membres du conseil régional qui ont voté en sa faveur. Un blâme, une demande d’explication, c’est la règle du jeu.
2- La discipline du parti. Des enjeux particuliers
La discipline du parti est l’exigence pour ses membres, surtout les élus, d’adhérer à une position commune, la ligne du parti, votant et agissant de manière concertée pour garantir la cohérence face aux électeurs et à l’opposition, souvent après des débats internes. Elle est librement consentie mais peut être source de tensions entre le devoir envers le parti, la circonscription et les principes personnels.
Elle se manifeste par le respect des décisions prises collectivement et peut impliquer des sanctions en cas de désobéissance, bien que son application soit complexe et sujette à des débats. La discipline du parti n’obéit en réalité à des règles écrites de manière définitive. Elle s’operationnalise au cas par cas en fonction des enjeux et du jeu des acteurs.
Dans le cadre du RDPC, des militants ont régulièrement été convoqués par les instances disciplinaires avec des sanctions. Et aussi, certains militants ne l’ont pas souvent été. Que l’on se souvienne des cas relatifs aux élections des premiers maires de la ville de Douala et Yaoundé en 2020.
3- Gervais Ndo : La République sauvegardée
La combinaison de l’article 244 du code électoral sur la session de plein droit des conseillers régionaux et de l’article 307 du code général des CTD sur l’élection du bureau et du président du conseil régional rendent l’élection de Gervais Ndo comme président du conseil régional du Sud parfaitement valide. Avec 66 voix pour, Gervais Ndo a largement obtenu la confiance de ses pairs.
D’ailleurs qu’il suffise de rappeler que les travaux ont donné lieu à procès-verbal en présence du représentant de l’État dans la région. Le 09 janvier 2026, Gervais Ndo a prêté serment devant la Cour d’appel du Sud réunie en audience solennelle.
La marque de la République est ainsi traduite de manière légale, légitime et symbolique dans l’élection du président du conseil régional du Sud. Au surplus, l’on constatera que son adversaire du « pli fermé » n’a aucunement contesté ce choix. Comment l’aurait-il fait et sur la base de quels éléments ? La discipline du parti n’est pas supérieure aux lois de la République.
4- Une avancée pour la décentralisation
La victoire électorale de Gervais Ndo marque une avancée significative pour la décentralisation. En effet, et conformément aux dispositions pertinentes de l’article 5 alinéa 2 du code général des CTD, la décentralisation constitue l’axe fondamental de promotion du développement, de la démocratie et de la bonne gouvernance au niveau local. C’est donc à ce niveau que se construisent les vraies problématiques en mettant en avant les valeurs éthiques, les élus devant se faire proches des populations.
Attendre tout du pouvoir central qui est à Yaoundé non seulement en termes de moyens mais aussi en choix des dirigeants obère significativement la décentralisation. L’élection de Gervais Ndo est donc une tentative de reprise en main du local par les élites locales. Un pied de nez aux autorités centrales qui pensent tout régenter. Et l’on comprend que cela ne plaise pas au comité central du RDPC.
5- Jouer à se faire peur à partir du Sud?
Région natale du président de la République, il est impensable que la fronde au sein du RDPC vienne du Sud. On comprend alors le courroux de l’élite politique qui tend à vouloir remettre Gervais Ndo au pas.
En effet, et au-delà du Sud, le RDPC veut montrer sa capacité à maintenir de l’ordre en son sein dans un paysage politique qui n’a fini de cicatriser les blessures de la crise post-électorale. Et encore que l’attente du gouvernement donne des insomnies à plusieurs élites politiques.
Au surplus, en vertu de l’article 15 alinéa 3 de la constitution, le RDPC ne peut remettre en question l’élection de Gervais Ndo comme président du conseil régional du Sud. Sauf à créer une fronde et une scission au sein du conseil régional dont il pourrait en sortir perdant avec effet boule de neige sur les autres circonscriptions électorales. À la vérité, en perspective des futures échéances électorales (législatives et municipales), le RDPC tend à envoyer un message aux futurs candidats dans sa tentative à resserrer les rangs.
Apprendre le militantisme partisan doit être un exercice de tous les instants, l’on objectera d’ailleurs que toutes les élites qui occupent les positions officielles de pouvoir au sein du comité central du RDPC ne sont pratiquement confrontées à la compétition politique électorale. La conduire régulière d’une carrière administrative s’est achevée dans le déterminant d’une position politique. L’élection présidentielle leur donne l’occasion de se faire voir sur le terrain au détriment des élites locales. Et par la création des délégations permanentes (régionales et départementales), le RDPC à travers les élites nationales tentent de contrôler le jeu politique local. Il reste que le parti n’est pas au-dessus de l’État. Et à la fin rien d’extraordinaire.
Alphonse Bernard Amougou Mbarga, professeur de sciences politiques à l’Université de Douala












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