Le professeur Alphonse Bernard Amougou Mbarga propose une réflexion sur les parapheurs ramenés à la maison par le président Paul Biya.
Pr. Alphonse Bernard Amougou Mbarga, enseignant à l'Université de Douala
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La constitution du Cameroun 30 ans après : ma réponse au professeur Ngango Youmbi

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Dans une tribune relayée par les réseaux sociaux, le professeur Ngango Youmbi fait une lecture relative à la constitution du 18 janvier 1996 pour en marquer le 30e anniversaire. Sa remarque se décline en 3 points : ignorance du passé, inadaptation au présent, manque d’assurance pour l’avenir.

Il est convient de rappeler que la constitution est un instrument de l’ordre politique et institutionnel. Par conséquent des remarques s’imposent.

1- La constitution Camerounaise ne doit pas être confondue avec la longévité de Paul Biya au pouvoir. Il a certainement été à la manœuvre mais le hasard de l’histoire veut qu’il soit encore là.

2- La constitution du Cameroun n’a rien à voir avec un quelconque passé du siècle des Lumières. L’État du Cameroun est le produit d’un épisode colonial. Ce passé n’a pas besoin de tirer sur les lectures de Victor Hugo mais sur la fracture coloniale qui a fabriqué les institutions politiques du Cameroun. C’est dans cette fracture coloniale que la constitution tire sa source.

3- La constitution n’est pas responsable des frasques des leaders politiques de l’opposition dans leur incapacité à construire une image politique crédible. La constitution n’a pas construit un ordre de subjectivation du politique qui pousse un opposant à se présenter en messie.

4- Ce n’est pas la constitution qui a demandé au MRC de boycotter les élections législatives et municipales de 2020. Ce n’est pas la constitution qui a autorisé Maurice Kamto en 2018 ou Issa Tchiroma en 2025 à s’autoproclamer vainqueur d’une élection présidentielle.

5- La longévité de Paul Biya au pouvoir ( 43 ans déjà) est un marqueur politique. Ce n’est pas le fait de la constitution mais la dynamique des acteurs en interaction stratégique.

6- Et c’est sur le jeu des acteurs et les logiques qui les animent que les juristes gagneraient à travailler davantage. Le droit est simplement un instrument du politique. L’établissement des règles ne saurait s’écarter de la société.

7- Au cœur des dynamiques politiques et avec la constitution actuelle, l’on a vu des élus régionaux du Sud se refuser au diktat du parti au pouvoir, leur parti politique dans le fief du président de la République. Les acteurs politiques démontrent leur capacité à faire preuve d’inventivité en refusant de se laisser embrigader. Il n’existe pas un atavisme du jeu politique et institutionnel.

8- Refaire la constitution revient à repenser les institutions. L’on ne saurait refaire une constitution qui n’a pas encore réellement produit ses effets à cause de la dimension asymétrique du jeu politique.

9- Que l’on se souvienne que tous les acteurs politiques étaient en osmose lorsque la levée du verrou de la limitation des mandats à la fonction présidentielle a été actée. Peut-être pensaient-ils alors que Paul Biya ( 75 ans à l’époque) n’y survivrait pas. Déjà qu’il avait été donné pour mort 4 ans plutôt.

10- La constitution n’est en rien responsable de l’illumination ethnofasciste qui alimente les débats sur les réseaux sociaux. Les agents politiques tentent de subvertir les règles. En prime se trouve une interprétation malencontreuse des règles de droit. La question de la nullité du mandat impératif en est la parfaite illustration.

11- Le problème n’est pas la constitution, le problème du Cameroun se trouve dans les hommes ( tous bords politiques confondus) et leur manière de se représenter et de se projeter sur le champ politique.

12- La constitution n’est pas un texte figé dans du marbre. Elle est la marque d’un État dans sa capacité à se projeter sur le monde et à se le représenter. Il faut savoir lui donner vie.

Alphonse Bernard AMOUGOU MBARGA

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