Le professeur Alphonse Bernard Amougou Mbarga propose une réflexion sur les parapheurs ramenés à la maison par le président Paul Biya.
Pr. Alphonse Bernard Amougou Mbarga, enseignant à l'Université de Douala
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De l’illégalité de la convention numérique du MRC : saisir l’illusion de la participation aux prochaines élections législatives et municipales

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Des annonces abondamment relayées sur les réseaux sociaux font état de la participation du MRC aux prochaines élections législatives et municipales de l’année 2026 au Cameroun. Alors que le corps électoral n’est pas encore convoqué, illuminés et adeptes du contorsionnisme proches du pape de l’incohérence politique au Cameroun se battent pour justifier une décision qui serait historique et héroïque.

Après avoir fait une OPA hostile sur le MRC à travers une convention dite numérique, le professeur Maurice Kamto se lance dans la surenchère électoraliste. Les choses ne sont pourtant pas si simples. Éléments d’éclairage.

1- la participation aux élections

Conformément aux dispositions pertinentes de l’article 3 de la constitution du Cameroun, les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils exercent leurs activités conformément à la loi.

La participation aux élections ( expression du suffrage) est une mission d’un parti politique. L’annonce du MRC de participer aux prochaines élections n’est donc en rien un fait exceptionnel. D’ailleurs le MRC avait déjà pris part aux élections de 2013 ( Maurice Kamto était candidat dans la circonscription électorale du Mfoundi) et la présidentielle de 2018.

2- Le boycott des élections législatives et municipales de février 2020 et ses conséquences

À sa sortie de prison en octobre 2019, le professeur Maurice Kamto annonçait à grande pompe la participation du MRC aux élections annoncées de 2020. Et pourtant à 24 heures de la clôture du dépôt des candidatures, le même professeur Maurice Kamto déclarait que son parti avait décidé de boycotter le double scrutin. Il s’en trouvait alors de pseudo-analystes politiques pour justifier ce revirement dont les conséquences désastreuses ( pour le professeur et son parti) étaient pourtant évidentes de la bouche même de l’auteur du boycott.

3- Boycott et invention de l’esbroufe politique

Ne disposant pas d’élus, le MRC n’a pas pu présenter de candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Et pourtant que de contorsions avec des médias et même des juristes à la solde pour tenter de convaincre du contraire avec une interprétation malencontreuse de la nullité du mandat impératif prévue par l’article 15 alinéa 3 de la constitution.

Déjà lors d’une conférence le 22 août 2022, le professeur Maurice Kamto avait annoncé que le MRC participerait désormais à toutes les élections. Des propos repris lors de la convention de son parti tenu au palais des congrès en décembre 2023.

Il avait fini par affirmer que le MRC avait des élus. L’éminent juriste venait d’inventer des élus sans participer aux élections.

Il s’agissait de tenir en haleine des militants illuminés. Au passage, il fera une collecte de 6 milliards pour la présidentielle de 2025.

4- L’élection présidentielle ou le joker grillé

Ambitions politiques et impossibilité d’investiture par son propre parti politique ont conduit le professeur Maurice Kamto à devenir militant du MANIDEM. Le MRC était désormais derrière lui et  » ce qui s’y passerait ne le concernait plus ».

Le carambolage du Yango MANIDEM a laissé le professeur Maurice Kamto à la rue. Et là il s’est souvenu de son MRC pour tenter d’assouvir ses ambitions politiques. Sauf que les statuts de son ex-parti ne lui offrait qu’une place de simple militant. Il devrait attendre 3 ans pour grimper les échelons. Trop peu et trop long pour lui.

Entre-temps ses militants ont pris fait et cause pour le « bon diable » censé conduire le pays vers une transition politique. Au final, c’est depuis la Gambie que les choses se passent: le bon diable a décrété le boycott des prochaines élections législatives et municipales en empruntant les mots prononcés par les MRCistes en 2020 pour justifier le leur.

5- Une convention numérique de non-sens

L’administration territoriale ayant interdit la tenue de la convention du MRC au motif de troubles à l’ordre public, ce parti politique s’est fait sa propre convention : en version numérique le 21 décembre 2025.

Une seule réalité s’impose : les résolutions de cette convention sont nulles et de nul effet. Elles ne s’imposent ni aux tiers ni à l’administration (qui assure la tutelle sur les partis politiques). D’ailleurs le MRC s’est gardé jusqu’ici de rendre public les résolutions de sa fameuse convention numérique. Des fuites sur les réseaux sociaux, l’on apprend seulement que par un vote le professeur Maurice Kamto est redevenu président du MRC et que les statuts du parti ont été modifiés dans tous les sens. Un message à faire passer : le MRC veut aller aux élections.

6- Et la composition des listes électorales

La participation aux élections législatives et municipales suppose les listes qui tiennent compte des composantes sociologiques de la circonscription électorale. Dans les grands centres urbains, le MRC va se retrouver confronter à la dimension cosmopolite des populations alors que son électorat et ses militants sont bamilekés. Les militants illuminés du Bamipower sont-ils prêts à se mettre en retrait pour faire émerger des citoyens issus des autres régions ? L’électorat bamileké du MRC est-il disposé à voter pour des personnes issues d’autres communautés comme député ou conseiller municipal du MRC ? Une telle hypothèse est difficilement envisageable. En effet, en se mettant en scène pour reprendre par une convention manifestement illégale la présidence du MRC, le professeur Maurice Kamto tient d’abord à rassurer son électorat bamileké de sa mainmise sur le MRC. Les cotisations ne vont pas tarder à suivre.

En réalité, c’est moins la participation aux prochaines élections législatives et municipales qui importe que la capacité de contrôler une rente viagère politique. En effet, rien ne permet d’attester de la participation effective du MRC aux prochaines échéances électorales. Le corps électoral n’est pas encore convoqué et le professeur Maurice Kamto n’a nullement qualité pour signer les investitures au nom du MRC. Son retour à la tête du MRC par convention numérique n’a aucune valeur juridique. Elle vaut pour les illuminés des réseaux sociaux, elle n’engage pas l’administration et ne s’impose pas à elle. Et déjà des dissensions apparaissent entre militants : le bon diable encensé par les militants du MRC n’est pas loin.

Alphonse Bernard Amougou Mbarga, Enseignant à l’Université de Douala 

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