« Il remaniera ». « Il l’a lui-même dit ». « Il ne remaniera pas » ; « il est fatigué ». Avant même l’annonce de la composition du nouveau gouvernement « dans les prochains jours » par Paul Biya en personne, les rumeurs courent depuis des mois que le chef fera le ménage autour de lui. Si certains y croient encore, d’autres préfèrent être surpris le moment venu. Les plus sceptiques pensent que si Paul Biya avait encore la possibilité de remanier, il y a longtemps qu’il l’aurait fait après les décès et les démissions de plusieurs membres du gouvernement avant la présidentielle d’octobre dernier. S’il ne l’a pas fait jusqu’ici, cela signifie qu’il y a forcément anguille sous roche. Les scandales financiers, les assassinats et les poubelles ont secoué le pays. Les institutions compétentes ont livré leurs rapports qui ont trouvé un écho favorable dans les médias locaux et internationaux. Mais le chef de l’Etat est resté silencieux. « L’horloge du président n’a pas encore sonné », entend-on généralement dans les médias. En annonçant donc un nouveau gouvernement (ce qu’il n’a jamais fait depuis son accession à la magistrature suprême en 1982) dans son discours du 31 décembre 2025 à la Nation, cela signifierait-il que l’heure de passer aux choses sérieuses avait enfin sonné ?
Certains ont effectivement envie de croire qu’il a la volonté de remanier. Mais comment ? Et à quel moment ? Là est toute la question dans un contexte où la silhouette de l’épervier n’a plus été aperçue depuis des années, et où les « Hautes instructions du chef de l’Etat » d’un camp neutralisent « les Hautes instructions du chef de l’Etat » d’un autre camp, pour prendre le cas de la gestion de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot).
L’autre épisode marquant de la vie politique de notre pays est la publication régulière des listes des membres du nouveau gouvernement. S’il est vrai que certaines listes sont tirées par les cheveux, d’autres par contre semblent crédibles selon certains observateurs. Quoi qu’il en soit, la mise sur pied d’un nouveau gouvernement « dans les prochains » dans la situation actuelle relève du miracle. En chef d’orchestre, Paul Biya a certainement plus d’un tour dans son sac.
Au moment où il s’apprête à remanier, s’il y parvient, Paul Biya doit savoir que le comportement de l’homme camerounais rime généralement avec versatilité. Il espère quelque chose et son contraire au même moment. « Le remaniement ministériel » est l’expression en vogue depuis sa prestation de serment le 6 novembre 2025. Certains sont convaincus que le président Biya rendra sa copie ce vendredi 9 janvier 2026 après la cérémonie de présentation des vœux d’hier. La majorité de Camerounais estiment que les ministres actuels du président de la République sont incompétents et demandent qu’il y ait un nouveau gouvernement. Sur la toile, des milices se chargent de discréditer tous les jeunes pressentis dans ce nouveau gouvernement annoncé par le chef de l’Etat en personne.
Les plus lucides savent que même si Paul Biya nommait les plus grands travailleurs et incorruptibles du monde dans son gouvernement, ceux-ci ne pourraient pas faire de miracle pour redresser le pays. Pourquoi ? Parce que le mal est profond. Comment les nouveaux hommes de Paul Biya feront-ils pour mettre fin à la corruption institutionnalisée, aux détournements des deniers publics, au favoritisme, ou népotisme et au clientélisme qui gangrènent tous les secteurs d’activités ? Question de conscience à 5 FCFA.












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