Pour beaucoup de Camerounais, la journée commence souvent par un geste de foi. Que ce soit une prière murmurée avant de quitter le domicile, une bénédiction demandée à un aîné, ou un rituel discret pour éloigner les mauvais esprits, l’invisible est omniprésent.
Prenons l’exemple de certains commerçants, avant même d’installer leurs marchandises, prennent quelques instants pour faire un rituel discret à l’entrée de leur emplacement, cela peut être du sel ; un mélange de noix de cola et d’eau ou de l’eau salée. C’est pour que le commerce soit bon, que les clients viennent nombreux et que rien de mal n’arrive. Il en est de même pour les grandes surfaces, les restaurants, les supermarchés… ces pratiques ne sont pas de la superstition, mais une manière de s’assurer une connexion avec des forces bienveillantes qui neutralisent toutes puissances malveillantes visant à entraîner la chute du business.
Cette connexion s’étend bien au-delà des simples gestes. Les décisions importantes, qu’il s’agisse de se marier, de lancer une entreprise, ou même de choisir le nom d’un enfant, sont souvent influencées par des consultations avec des guides spirituels.
Au cœur de ce paysage spirituel camerounais se trouvent des figures clés : les marabouts, les guérisseurs traditionnels, les prophètes des nouvelles églises, les imams et les prêtres. Ils agissent comme des intermédiaires, des ponts entre le monde des hommes et celui des esprits, des ancêtres, ou du divin.
Ces hommes respectés pour leurs sagesses et conseils, entourés de gris-gris ou de livres sacrés, reçoivent des visiteurs venus chercher des réponses à leurs maux ; anxieux face à un examen important, un voyage, une ouverture de business ou tout autre chose, viennent parfois demander une protection. Ceux-ci, après avoir écouté attentivement, donnent soit un petit sachet contenant des herbes ou des écorces ; soit des graines protectrices (pour les traditionnels) ou des versets coraniques/ bibliques (pour les religieux). Pour ces visiteurs, cette démarche est autant un soutien psychologique qu’une aide spirituelle, un moyen de canaliser le stress et de se sentir plus fort.
Certains religieux consacrent leur vie à l’éducation des enfants défavorisés. Leur engagement est profondément ancré dans leur foi chrétienne. Ils voient chaque enfant comme un don de Dieu, et leur travail comme une mission divine. Les églises, qu’elles soient catholiques, protestantes ou évangéliques, jouent un rôle social et spirituel majeur, offrant soutien moral, éducation et parfois même une aide matérielle.
Le Cameroun est aussi un sol fertile pour les fusions, où les croyances traditionnelles se mêlent aux religions importées. Les esprits de la nature, le culte des ancêtres, les pratiques divinatoires peuvent coexister avec la foi en un Dieu unique, créant des expressions spirituelles uniques et profondément ancrées dans le contexte local.
On observe également l’émergence de nouvelles formes de spiritualité, souvent portées par des mouvements religieux plus récents, qui promettent prospérité, guérison et succès matériel par la foi. Ces « églises de réveil » attirent de nombreux jeunes en quête de sens et de solutions rapides à leurs difficultés économiques et sociales.
Cependant, cette richesse spirituelle n’est pas sans défis. La prolifération de certaines pratiques peut parfois mener à l’exploitation de personnes vulnérables. Les tensions entre croyances traditionnelles et religions monothéistes, ou entre différentes confessions, peuvent également exister.
Pourtant, au-delà des controverses, la force de ces croyances réside dans leur capacité à offrir un cadre de vie, un sens à l’existence, et une solidarité communautaire. Dans un pays confronté à de nombreux défis socio-économiques, le lien entre le ciel et la terre permet aux Camerounais de puiser une force intérieure, une résilience et un espoir qui les animent au quotidien. C’est dans cette connexion intime, entre les réalités tangibles de leur environnement et les dimensions plus insaisissables de la foi et de la spiritualité, que se trouve une part essentielle de l’identité et de la vitalité camerounaise.
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